2 VOYAGE
paysan charge jusqu’aux oreilles, ne vînt frapper àsa porte , pour lui porter une cargaison de laves ,de soufres , de cendres , de sables , de scories etde pierres. L’énigme cessait donc d’en être une : lamatière l’avait emporté sur l’esprit : le physiciens’était changé en minéralogiste !
Après avoir embarqué, pour Palerme , la plusforte partie de mon bagage , et retenu pour moi-même une barque qui me conduisît directement àSyracuse ; je jetai le froc aux orties; et prenant congéde mon compagnon de voyage , je partis tout seulde Catane .
Poussé par un vent favorable , le léger esquif,qui me portait vers la patrie de Théocrite , deMoschus et d’Archimède , eut bientôt dépassé lepromontoire que l’Etna donna tout à coup à Catane .Le soleil sortait de son lit, au moment où je quit-tais le mien ; et, lorsque j’entrai dans ma barque ,il paraissait aussi endormi que moi ? Le spectaclequ’il m’oflre, vaut la peine de se lever à sixheures du matin : à notre gauche , la terre semblesortir du sein de la mer Ionienne ; à droite , le capvolcanique et noirâtre s’élève au-dessus des îlots ,qui , venant se briser contre la masse inébranlable,reculent, reviennent sur leurs pas , puis s’engouf-frent ensuite," avec bruit, dans les larges fissures de lalave.