DE L’ANCIENNE AGRIGENTE . 291le dîner nous avait paru long, parce qu’il avaitété mauvais,- et toutefois la bouteille de Mar-salla (1) était vide , qu’il nous restait encore biendes heures à passer.
Que pensez-vous , monsieur, me dit tout à coupDon Sévère , au moment où l’on venait de nousporter un flacon de Syracuse ; que pensez-vousdes plaisirs, et du luxe delà nouvelle Agrigente ?Quant au luxe, lui répondis-je, je ne sais tropque vous en dire; son absence même me peineraitassez peu ; mais j’y vois un ciel sans nuages, j’yrespire un air salubre et pur ; j’y bois d’excellensvins; j’y trouve un hôte aimable : c’en est assez pourses plaisirs.Ici, Don Sévère me salua; puis, il remar-qua, qu’en fait de questions de ce genre, un Fran-çais a toujours en réserve, une réponse plus flatteuseque siucère ? Au reste, coutiuua-t-il, ce n’est pasque je regrette , plus que vous, le luxe extravagantde nos pères ; et quitte à être un peu plus cahoté,sur d’aussi mauvaises routes, que vos plus mauvai-ses routes de France ; j’échangerais volontiers leurslitières d’ivoire et d’ébène,contre l’humble charrettedu paysan de votre pays. Je ne regrette pas nonplus leurs richesses inouïes , leur prodigalité, leursesclaves, leur train, leurs orgies et leurs fêtes ;mais je regrette beaucoup leur antique hospitalité ;