DU RfcGNE MINERAI,. I77
L’amyante est» ainsi que l’asbeste, une concré-tion cristallisée, que quelques naturalistes regardent
des marques solennelles de la grandeur Romaine & de leur re-ligion. C’étoit le chef des parens qui alluir.oit le bûcher, & toutle reste de fi famille l’entouroit, avec l’e.xtérieur d’un refpeétqu’on ne peut exprimer. Us s’imaginoienr, à mesure que l’en-veloppe se blanchissait (car les parties balsamiques la noircis-íbient d’abord,) que c’étoit une marque peu équivoque de lapurification du corps. La mere, la femme, les enfans, en unmot, les plus proches, & jusqtl’aux meilleurs amis, tous s’em-preíîoient d’apptocher du bûcher & de souffler à voix basse, autravers des flammes, quelques paroles, qui, selon l’usage , íìgni-fìoient : Nous attendons avec ardeur que vous foye j tout consumé,pour ramasser vos cendres & vos os calcinés , qui se trouveront dansla toile d’amyantí dcja blanchie. Ensuite ils invoquoient les dieuxmanès Sc l’ame du défunt, en les priant d’avoir pour agréablele pieux devoir qu’ils lui alloient rendre ; puis s’étant lavé lesmains, ils retiraient le linceul d’amyante, qui n’écoit point en-dommagé : ils pcenoient les cendres qu’ií renfermait ; & lesayant lavées avec du lait & du vin, ils les arrosaient d’eau lus-trale, pour les placer après dans le tombeau de la famille, oudans un tombeau particulier. Ón renfermait ces précieux restesdans une urne faite d’une matière plus ou moins précieuse, se-lon l’opulcnce & la qualité des héritiers. Les plus communesétoient de terre cuite, d’autres de jaspe, d’autres de porphyre.On joignait à ces cendres quelques feuilles de laurier, de myrte,d’olivier, de peuplier, & sur-tout les phioles lacrymatoires, ostchacun avoit recueilli les larmes amères rju’il avoir versées. Lesacrificateur saifoir lut cette urne une aspersion avec une branchede romarin. C’étoit ainsi qu’on alloit déposer l’urne, tantôt dansdes niches, fous des pierres qui portaient l’épitaphe du mort »tantôt dans les maisons des illustres familles où il y avoit des voû-tes sépulcrales : l’épitaphe étoit alors fur l’urne même, qu’onavoit soin d’avoir d’une grandeur suffisante pour servir à uneiàmille entiere. La toile d’amyante n’étoit point endommagée »on la pliait & on la gardait pour servir de nouveau à brûler lapostérité, à mesure.' qu’elle s’ctcignoit. Ces usages superstitieuxde brûler les corps, & de les envelopper de toile d’amyante,étoit dans là plus grande vigueur sous les Empereurs payens,parce qu’on s’imaginoit qu’il importait beaucoup à l’ame dudéfunt, que son corps fût ìaientôt détruit, & fa cendre conser-vée. (On voit encore dans la bibliothèque du Vatican un suairede cette toile d’amyante, de neuf palmes Romaines de long,qu’on prétend avoir servi à cet usage.) Cette coutume s’abolit in-sensiblement sous les empereurs Chrétiens s mais l’amyante passachez les nations du Midi & du Nord , & servit' à d’autres usages-Ces derniers, à l’exemple des B r aminés ou pritres Indiens, s’enfa,soient des habits entiers. Quoique ce lin fossile fût autrefois plusTome I, M