LIVRE CINQUIÈME,
A. bbooome, repoussé par le vent contraire,ne passa point en Italie ,il futobligé de relâcheren Sicile , et d'aborder à la grande et magnifiqueville de Syracuse ; il comptait par la même oc-casion de parcourir toutes les cétos de l’ile, etde la traverser ensuite d’un bout à l'antre poursuivre le grand dessein qui l’occupait : ruais vou-lant auparavant se reposer ici quelques jours,il choisit sa demeure dans le quartier le plusproche de la mer. Un bon vieillard , nonunéEgialéc , logeait à crtté de lui 5 c’était un pauvreétranger, pécheur de profession, qui tirait deson art quelques légères ressources pour vivre.Abrocome s’entretenait et mangeait fréquem-ment avec lui, le bon Egialée l'écoutait avecplaisir •, et l'habitude d’être ensemble produisitentre eux un commerce d'amitié si grand, quece pèchenr courut pour Abrocome une tendressetoute particulière 5 il le regardait comme son pro-
Ï >re fils : Abrocome de son cA te lui découvrait touses secrets de son :lme 5 il lui raconta ses amoursavec Antliia, et tontes les autres aventures quil’avaient fait errer en différents pays. Egialée,pour répondre h cette confiance , lui fit aussi lerécit de ses malheurs, qu’il commença de cettemanière :
Mon cher fils , la Sicile ne m’a point vu naî-trejjo suis Lacédémonien : Sparte est ma pa-trie, et, si l’on pouvait tirer vanité d'une hautenaissance, je compte mes aïeux et mon père18