DES FONTAINES, II. Partie. 787
OPINION DE L’AüTEUR. ■ '
M On opinion est donc que Ies eaux des pluyes & des neiges quitombent fur la Terre , font Ia caule & 1’origine des Fontaines.
Ce fentimenr est le plus ordinaire 6c le plus suivi : Neanmoins de la
fagon que je congoi la chose*, il y a une difference extrdme entre ma
peniee & celle de ceux qui suivent ce sentiment ordinaire. Car iis
croient que les eaux des pluyes & des neiges fondues tombant fur Ia
Terre , la penetrent jusques a ce qu’elles ayent rencontre de la terre * T
graste ou autre chose qui les anete ; surquoi dies coulent vers quelque
ouverture fur le penchant d’une montagne; Lc moi je ervi que la*pluye
ne penetre point la Terre, ni ne descend point jusques fur cette terre
graste.
iis croient que les eaux qui tombent fur les plaines hautes, font Iacaufe des fontaines , par le moyen de cette penetration qu' iis suppo-scnt ; & moi je tiens que toutes ces eaux-Ia so nt perdues pour les fon-taines , &c qu’elles ne servent qu' a la nourriture des plantes & des ar-bres, & a faire des mares , des etangs 8c des puits de peu de dureej*
8c austi ä donner des vapeurs qui produifent de la pluye, de la neige 6cde Ia grelle.
Iis aoyent que les pluyes qui tombent fur le penchant des collines, M
font perdues & de nulle utilite pour les fources, par la raifon que delä dies tombent dans les rivieres qui les emmenent a la mer ; & moi .je croi au contraire qu’ il n’y a que celles-la qui servent a la productioni& entretien des fources par cette mdme raifon qu’elles tombent dansles rivieres.
Iis croient austi que ce font les fontaines qui etant assemblees fontles rivieres, & que s’il n’y avoit point de fontaines il n'y auroit pointde rivieres ; & moi je croi que ce font les rivieres qui font les fontai-nes , & que s’il n’y avoit point de rivieres il n’y auroit point de fon-taines
• De sone qu'il s’en kaut beaucoup que nous foyons de meme avis,
quot que nous convenions d’un meme principe} les moyens que nous * ^
erablisibns.de part 8t d'autre pour l’execution de ’la chose font tout-a-
fait differens, Lc la maniere dont iis les congoi vent devient en quelque
fagon une opinion particulieve qu’ il faut encore examiner, & voir si
die peut etre regüe.
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