DES FONTAINES, II. ParTie. 8or
■galitez des elevations £5? des ahaijsemens de Terre , £5? que la comparaisonde Porange etoit bien imparfaite s & je compris qu'une boule de marbr'ebienpoli de la groffeur d'une orange serpit encore trop rabotteuse , £5? de HPje tirai ma premiere conclufion , que la grandeur de la Terre n' etoit pas con-cue comme eile efi.
Je confiderois ensuite les Rinderes , leur largeur & leur profondeur , £s*je difois: Si ces montagnes fönt ß peu de chose aupres de la grandeur dela Terre ; les Rivieres qui ne coulent que dans un tres-petit efpace de cesgrandes £5? vastes plaines qui fönt entre ces montagnes , fönt quelque chcfede bien petit. II n'y a riend’affez delit pour les reprefenter , £5? principa-lement leur profondeur : car il y en a peu qui ayent plus de fix pies de creux ,ce qui ne f eroit que la fiept cens fioixantieme partie de l'ipaiffeur d'une feüillede papier ; il n'y en a peut-Htre point qui ait trois pies d'eau coulante fürtoute fa largeur , durant taute une annee le fort portant le foible , ce qui-ne fer oit qu une quinze centieme partie de cctte epaiß'eur ; celles qui en antdavantage , c'eß par accident , ou ä caufe des foffes £5? des inegalitez deleur fonds , ou a caufe de leur embouchure dans la Mer , £5? du refiux quiarrete £5? foutient leurs eaux : mais ce ne fönt point des eaux toüjours cou-lantes.
Je faifois encore cette autre reflexion , que pour ne fe pas miprendre enconsiderant les Rivieres , ni fe laiffer ebloüir ä leur grand nombre , £5? auxeaux qui coulent dans leurs bords ; il saut ou les considerer chacune en par-•ticülier , £5? alors il eft vrai que le nombre en fera grand , mais auffi leurseaux feront tres-petites : car il ne faudra comter que les eaux qui coulentdepuis leur fource jufqu' au premier ruiffeau ou riviere qui entre dedans:ou bien il ne faudra comter que les Rivieres qui entrent dans la Mer , £5?alors il eft ’vrai que les eaux en feront ■ tres-considerables , mais auffi lenombre en fera beaucoup moindre. Une perfonne qui voudroit efiimer la Ri-viere de Seine en l'etat qu eile efi quand eile paffe ä Paris , £5? comter fieseaux la deffus ; & qui apres iroit comter les Rivieres de Marne , d' Tonne,d'Eftampes £5? autres. rivieres £5? ruiffeaux au nombre de plus de cent , quientrent dans la Seine avant que paffer d Paris , comteroit ces eaux-ld deuxou trois fois. Toutes les Rivieres fönt fortes d leur embouchure dans laMer par cette raifon-,& ces deux flemies fameux de la flata £jf de S.Lau-rent en Amerique , ne roulent autant d' eaux qu' ils fönt , qu' d caufe qu ilsresolvent l'un prefque toutes les Rivieres de V Amerique Meridionale , £5?Vautre prefque toutes les Rivieres de I' Amerique Septentrionale > £s? aprestaut quelque grands que foient ces fleuves-ld £5? autres femblables , ce rieftque durant une partie de Vannee feulement ; leurs eaux ne coulent pas toü-jours d'une meme force , les dimimtions qui leur arrivpnt pendant la fe-chereffe fönt tres-grandes. La plüpart des grands fleuves du Monde quifönt fous la Zone Torride n'ont prefque point d'eau durant l'Ete , & il yen a des plus fameux qui fcchent prefque entierement. L’ Euphrate eft quel-quefois tellement deme d' eaux qu' on le paffe prefque dpie fec ; le Nil qu on
Tme V. Kkk kk voit