§42 DE I/ORIGINE
qu’ un ecoulement & une porcion de l;t grande riviere de Loire quivient se rendre en ce lieu-la par des voyes cachees, faifant sous Ia ter-re une verkable ile de la portion de pa'is qu’ii embrasse : auffi remar-que-t-on que son eau est trouble ou darre felon que 1’est celle de laLoire. II y a tant de fleuves dans le Monde qui se perdent & entrenEdans la terre , & qui en refiortent bien loin apres , que cela ne peuccauser d’etonnement. Quand quelque personne intelligente examineles choses , il en trou-ve bien-tot la raison ; & s’il n’y avoit que de tel-les gens qui voyagcafient par le Monde & qui fiflent des relations deleurs voyages, I’on ne nous raconteroit pas tant de merveilles que l’o®fait; Pignorance ad mire tout Sc se fait un prodige de la moindre choseextraordinaire qu’ellevoit,
Cette difficulte me fait penser a un autre qui ariete driftete , 8c lefait resoudre a croire que POrigine dcsFontaines vient du changementd’air en eau , ou des vapeurs humides de la terre eondensees & redui-tes en eau , a cause que les plus grands fleuves, dit-il, prennent leurnaiflance au pie des plus grandes montagnes dans les concavitez quidoivent y et re grandes , & oü il se doit faire un plus grand change-ment que dans celles des petites ; Lc la deflus il fait une ample enu-meration des plus grands fleuves du Monde , & fait remarquer qu’iissortent des plus grandes montagnes. Il y a asiurement dequoi s’eton-ner comment un tel perfonnage a parle de la forte , & comment il apu croire que la fource d’un grand fleuve devoit etre plus grande quecelle d’une petite riviere .-.comme si c’etoit leur fource qui fut la causede leur grandeur ou de leur petitefle. Ne sgait-on pas que les fleuves-ne deviennent grands que par les eaux des ruifleaux & des ri vieres quiy entrent, & que qpelquefois une riviere entre dans une autre oü eileperd son nom, quoi qu’elle soit plus grande que celle qui la regoit?
Cette remarque fur Jriftote peut e neo re fer vir pour faire voir com-bien il croyoit fortement que les fontaines fönt la cause des rivieres:combien les grands ecoulemens des uns & des au tres lui donnoient depeine pour en trouver ia matiere , & combien auffi il croyoit que lespluyes fervoient de peu pour produire & les riviere^ & les fontaines;.puis qu’ ii veut que la grandeur des fleuves depende de leur fource , 6eleur fource de Pevaporation qui se fait au dedans de la terre.
L/on me peut faire une objection assez vaifonnable fur ce que,quandj’ai resute 1’opinion de Lydiat , de Descartes , de Du Hantel & des au-tres qui veulent que les eaux de la Mer foient la cause des fontaines,.en s’elevanc par evaporation au haut des montagnes j’ai dit que si ce-la se faisoit de la sorte il arriveroit deux choses ; La fremiere. , que la.Mer seroit devenue douce depuis le tems qu’ il y coule de 1’eau douced’un cote par les rivieres & qu’ il en fort de sal e e de 1’autre par lesgrandes ouvertures que Descartes. 6c les autres supofent etre aux bordsLc au fonds de la Mer, par oü ses eaux se repandent dans la terre. La