I. VIII
INTRODUCTION.
améliorations publiques, on aperçoit toujours dans notre histoiredes idées générales, des doctrines qui leur correspondent. Rien nes’est passé dans le inonde réel dont l’intelligence ne se soit à l’in-stant saisie et n’ait tiré, pour son propre compte, une nouvelle ri-chesse ; rien dans le domaine de l’intelligence qui n’ait eu dans lemonde réel, et presque toujours assez vite, son retentissement etson résultat. »
«En quelque sens qu’on regarde et qu'on retourne la France ,on lui trouvera toujours ce double caractère : les deux faits essen-tiels de la civilisation s’y sont développés dans une étroite corres-pondance ; jamais l’homme n’y a manqué de grandeur indivi-duelle, ni sa grandeur individuelle de conséquence et d’utilitépublique.
“Le clergé français est à la fois docte et actif, associé à tous lestravaux intellectuels cl à toutes les affaires du monde, raisonneurérudit et administrateur; il ne se voue exclusivement, pour ainsidire, ni à la religion, ni à la science, ni à la politique, mais s’ap-plique constamment à les allier et à les concilier.
«Les philosophes français offrent aussi le rare mélange de spé-culation et d’intelligence pratique. Ils méditent profondément,hardiment; ilschcrchcnt la vérité pure, sans vued’applicalion; maisils conservent toujours le sentiment du monde extérieur, des faitsau milieu desquels ils vivent. Ils s’élèvent très-haut, mois sansperdre, la terre de vue.
“Eulinqucl trait caractérise particulièrement, dans l’histoirede France , la seule classe d’hommes qui y ait joué un rôle vrai-ment public, la seule qui ait tenté de faire pénétrer le pays dans
son gouvernement, de donner au pays un gouvernement légal, lamagistrature française et le barreau, le parlement et tout ce quiles entourait ? N’est-ce pas précisément ce mélange de doctrines etde sagesse pratique, de respect pour les idées et pour les faits, descience et d’application ? Dans toutes les carrières où s’exerce l’in-telligence pure , dans l’érudition , la philosophie , la littérature,l'histoire, partout vous rencontrez les parlementaires, le barreaufrançais , et en même temps ils ont pris part à toutes les affaÿespubliques et privées. Ils ont eu la main dans tous les intérêts réelset positifs de la société.
« La France a donc cct honneur t/uc sa civilisation reproduitplus fidèlement qu'aucune autre le type général, l'idée fondamen-tale de la civilisation ; c'est la plus complète, la plus vraie, laplus civilisée, pour ainsi dire; voilà ce qui lui a valu le premierrang dans l’opinion désintéressée de l’Europe . La France s’estmontrée en même temps intelligente et puissante, riche en idéeset en forces au service des idées ; elle s’est adressée à la fois à l’es-prit des peuples et à leur désir d’amélioration sociale; elle a re-mué les imaginations et les ambitions; elle n paru capable de dé-couvrir la vérité et de la faire prévaloir. A ce double titre elle aété populaire, car c’est là le double besoin de l’humanité.
«Nous avons donc le droit de regarder la civilisation françaisecomme la première à étudier, comme la plus importante et la plusféconde (1). *
(1) Gaizol, ('ours d’histoire moderne, 2" leçon.