DE DESC AI TKS. II. P ART. 71
familier d'y entrer en ma place , & de fairebonne contenance jusqu’à la fin ; étant encoreplus sûr de lui , que de moi même, quelqueconstance que je me sentisse. Ií s'acquitta fortl bien de fa commission; & je crois qu’onn'apasencore oublié dans le monde la fermeté qu’il fit; paroître fur mon visage & dans mes parole* :
! lorsqu’on me vint prononcer l'arrêt de ma mort,
| l’intrépidité avec laquelle on me vit prendre deì la main du bourreau la potion de ciguë, qui em-j poisonna mon corps, & la rage de mes enne-mis, qui pensèrent crever de dépit, de me voir, Philosophe jusqu'au bout. II est vrai, repris je1 alors, que cette derniere action de vôtre vie vou»j fait encore aujourd’hui grand honneur patmi leshommes: & je ne sçai s’il est de vôtre gloire quenous publions trop la vérité du fait , que vous1 vene7. de nous raconter. N'importe, répondit-il,j’aime encore mieux la vérité que ma gloire, Scje m’interesse plus pour elle que pour moi-mê-me. Ho ! la belle réponse , m’écriai-je. Ellevaut seule toute la harangue, que vôtre espritfit à vos amis, pour les consoler de vôtre mort;8c je la ferai assurément valoir ce qu'elle vaut.Si un bel esprit de nôtre Monde l avoir en-tendue , il vous auroit assûrément canonisé ;lui qui lisant vôtre histoire , avoir toutes lespeines du monde à s'empêcber de vous invo-quer , Sc de dire Sanfli Sucrâtes , ara pro no-, bis. (On sçait que cette extravagance est; d'Erasme. ) Et Socrate même trouva la chosefort impertinente.
Ensuite, Aristote nous chargea aussi de desàJbuser le monde sur les divers bruits qui avoientcouru de fa mort. Les uns le faisant mourir d*u-ne colique: les autres assurant, qu’il setoitem-j poisonné lui-même : d’autres, qu’il s’éroit pré-; - cipitc