Lettre Phecedente.' 6xété obligez de revenir sur leurs pas pour repren-dre le chemin battu : & s’il n’avoit enhardi lesautres à sauter des fossez fort larges , fans leurlaisser trop réfléchir fur cequ’ils saisissent, je croyqu'ils seroient encore fort éloignez du terme oùils prétendoient arriver , qui estoit de sçavoirenfin qu’il y avoit quelque chose de certain. Lecercle que luy ont reproché Monsieur Arnaud ,le pere Mersenne &. Aristote, malgré toutes sesdéfaites, fera toujours un cercle: & devant tousles hommes du monde il fera toùjours pitoyable& ridicule de vouloir le démontrer l’existenced'un Dieu bon 8c sage & non trompeur, afin deíe convaincre , que ce qu on conçoit clairemtnt ,ejiiirai : puisqu’il est autant impossible de se dé-montrer cette existence , sans s’estre auparavantconvaincu de ce principe , qu’il est impossibled'arriver à une fin , fans usei des moyens, quiseuls peuvent y conduire.
Les essences des choses que Dieu peutchanger en faisant, par exemple , qu un trianglen'ait fat trois cotez , que deux V trois ne soient pascinq, Lee, sont des paradoxes que la feule estimequ'on a bailleurs de l’esprit de Monsieur Descar»tes empêche qu’on ne traite d'extravagances. Sesprincipales démonstrations de l'existence de Dieu.n’ont rien de solide & sont de purs paralogismesdéguisez adroitement en démonstrations,que leurAuteura pris plaisir & s’est accoutumé à regardercomme telles. Elles ne touchent & ne convain-quent personne , à moins qu’on n’ait pris avanttoutes choses une résolution déterminée de s'enlaisser convaincre , 8c d’apaiscr à quelque prixque ce soit l’inquiétude de son esprit, qui neI peut s’einpêcher de sentir des scrupules , jusqu’à1 ce que 1a volonté, si j'ose m’exprimer ainsi, luy,
ait.