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Tome premier.
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HISTOIRE DE LA CHIMIE.

les vents violents, de manière à joncher les grèves. Or, à Nar-bonne existaient, du temps des Romains, des ateliers de teintureen pourpre très-célèbres, et il est presque certain que lajanthineétait la véritable pourpre alors employée. I)u reste, les caractèresdistinctifs que Pline attribue aux animaux qui la fournissaientpeuvent s’appliquer à la janthine de la Méditerranée.

Cette coquille est pélagienne, et vit sur l’eau par essaims demillions d’individus ; elle est soutenue sur la surface des mers pardes vésicules aériennes que Pline appelle une cire gluante; et ellelaisse échapper, aussitôt qu’on la retire de l’eau, une couleur très-pure , très-brillante, du rose violacé le plus vif. Chaque coquilleen renferme près d’une once dans le vaisseau dorsal du mollusque.Cette couleur prend, par les alcalis, une teinte verte. Ce quePline appelle une langue est le corps et la tète de l’animal, quisont en effet arrondis et très-consistants. Quelques essais impar-faits, continue M. Lessou, que nous essayâmes à bord de notrevaisseau, sur la couleur de la janthine, nous prouvèrent qu’ellepourrait servir de réactif précieux ; car elle passe très-rapide-ment au rouge par les acides, et revient au bleu par les alcalis ;par l'oxalate d’ammoniaque elle donne un précipité bleu foncé, etpar le nitrate d’argent une couleur de cendre bleue très-agréable,qui nous a fourni une très-bonne nuance pour le dessin à l’aqua-relle.

Vitruve et Pline nous apprennent qu’on faisait également lescouleurs pourpres rouge , violet et rose foncé) avec la garance(erythrodanum , Diosc.)etune autre plante appelée hysginum (t).

« On fait, dit Vitruve , des couleurs pourprées au moyen de lacraie de la racine de garance et de Y hysginum ; de même qu’onpeut, avec le suc de plusieurs fleurs et fruits, imiter toutes les autrescouleurs (2). »

(1) Les caractères que Dioscoride (lib. in, c. ICO) attribue à la plantequ’il appelle èpuOfoôavov conviennent parfaitement à ceux du rubia tincto-rum. Cette plante était cultivée dans la Carie, en Galilée, et à Ravenne , enItalie. Le nom français garance lient de raranlia ou rerantia, nomqu’on donnait, au moyen âge, à la racine du rubia (inet. , et qui signiliecouleur rouge, ou vraie couleur; zà i't.rficn fiiizzu, dit Mvrepsus (Sal-masius ad Capitolini . Macrinum, p. 169). Ce fut au xvi e siècle que Lemniusobserva, pour la première fois, la coloration des os au moyen de la garance( De miraculis occultis naturœ. Coloniæ Agripp., 1581,8).

(2) Fiunt purpurei colores infecta creta rubise radice et hysgino. Vitr.,vu, 14.