Band 
Tome deuxieme.
Seite
76
JPEG-Download
 

7G

HISTOIRE DE I.A CHIMIE.

tant toutes ers considérations, je n'ay laissé de poursuyure mon en-treprise, et, pour couper broche à toutes calomnies et embuschcs,j’ay dressé un cabinet auquel jay mis plusieurs choses admirableset monstrueuses, que j’ay tirées de la matrice de la terre, lesquellesrendent tesmoignage certain de t e que je dis, et ne se trouverahomme qui ne soit eontrainet confesser iceux véritables, après qu'ilaura veu les choses que j’ay préparées en mon cabinet, pour ren-dre certains tous ceux qui ne voudroyent autrement ajouster loy àmes escrits. »

Voici comment Palissy s'exprime dans son avertissement au lec-teur : « Le désir que j’ay que tu profites à la lecture de ce bure, m'aincité de t’aduertir que tu te donnes garde de enivrer ton esprit desciences escrites aux cabinets par une théorique imaginative oucrochetée de quelque liure escrit par imagination de ceux qui n'ontrien practiqué. et te donnes garde de croire les opinions de ceuxqui disent que théorique a engendré la practiqué. — Si l'hommepouuoit exécuter ses imaginations, je tiendrois leur parte et opi-nion , mais tant s’en faut. Si les choses conçues aux espr its sepouuoy ent exécuter, les souffleurs d'alchimie leroy eut de belles cho-ses, et nes'ainuseroyent à chercher l'espace de cinquante ans, commeplusieurs ont fait ; si la théorique figurée aux esprits des chefs deguerre se pouuoit exécuter, ils ne perdroyent jamais bataille.

« J'ose dire, il la confusion de ceux qui tiennent telle opinion,qu'ils ne sçauroyent faire un soulier, non pas mesme un talon dechausse, quand ilsauroyent toutes les théoriques du monde. »

Il y a toute une révolution dans ce préambule. Il fallait affronterla persécution et la mort pour dire alors de pareilles choses, quel'on répète aujourd'hui peut-être un peu trop souvent. Il fallait unhomme de la trempe de Palissy pour rompre aussi brusquementavec l’autorité du moyen âge, et préparer aux sciences d'observationun avenir brillant.

Le vieux Bernard des Tuileries vaut bien le chancelier Bacon .

Écoutons maintenant l'auteur raconter lui-même comment ils'est initié dans la pratique, quelles difficultés il a rencontrées à lalecture du grand livre de la nature. Le récit perdrait tout soncharme par une analyse sèche, qui ne reproduirait pas cette naïvetédu langage qui réfléchit toute l'àrne de B. Palissy.

« Sçaches qu'il y a vingt et cinq ans passez qu'il me fust montréune coupe de terre, tournée et esmaillée d'une telle beauté, que des-lors j’entray en dispute avec, ma propre pensée, en me remémorant