TROISIEME EI'OQCE.
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plusieurs propos qu’aucuns m’auoient tenus, en se mocquant demoy, lorsque je peindois les images. — Sans auoir esgard que jen’auois nulle connoissance des terres argileuses, je me mis à cher-cher les esmaux, comme un homme qui taste en ténèbres. Sansauoir entendu de quelles manières se iaisoyent lesdits esmaux, jepilois de toutes les matières que je pouuois penser qui pourroyentfaire quelque chose; et les ayant pilées et broyées, j’achetois unequantité de pots de terre, et après les auoir mis en pièces, je met-tois des matières quej’auois broyées dessus icelles, et les ayantmarquées, je mettois en escrit à part les drogues que j’auois misessur chascuncs d’icelles pour mémoire; puis a;ant fait un fourneauà ma fantaisie, je mettois cuire lesdites pièces, pour voir si mes dro-gues pourrou'ut faire quelque couleur de blanc ; car je ne cher-chois autre esmail que le blanc, parce que j'auois ou; dire que leblanc estoit le fondement de tous les autres esmaux.
« Or, parce que je n'auois jamais veu cuire terre, ny ne sçauoisà quel degré du feu ledit esmail se deuoit fondre, il m'estoit im-possible de pouuoir rien faire par ce moyen, ores que mes drogueseussent été bonnes, parce qu'aucune fois la chose auroit tropchauffé et autrefois trop peu ; et quand lesdites matières estoienttrop peu cuites ou bruslées, je 11e pouuois rien juger de la causepourquoy je ne faisois rien de bon, mais en donnais le blasme auxmatières. —Mais je commettois encore une faute plus lourde quela susdite; car, en mettant les pièces de mes espreuves dedans lefourneau, je les arrangeois sans considération ; de sorte que, les ma-tières eussent esté les meilleures du monde et le feu le mieux àpropos, il estoit impossible de rien faire de bon. Or, m’estant ainsiabuzé plusieurs fois avec grands frais et labeurs, j’estois tous lesjours à piler et broyer nouuellcs matières et construire nouveauxfourneaux, avec une grande despense d’argent et consommation debois et de temps.
« Quand j’eus bastelé plusieurs aunées ainsi imprudemment avectristesse et soupirs, à cause que je nepouvois parvenir à rien à monintention, je m’auisay, pour obvier à si grande despense, d'en-voyer les drogues que je voulois approuuer à quelque fourneau depotier ; et ayant conclud en mon esprit telle chose, jachetav dere-chef plusieurs vaisseaux de terre ; et les ayant rompus en pièces,comme de coustume, j’en couuray trois ou quatre cent pièces d’es-mail, et les envoya;- en une poterie distante d'une lieue et demie dema demeure, avec requeste enuers les potiers qu’il leur plust per-