PRÉLIMINAIRE. i5
J’aurois pu , pour prouver ce que je viens de dire , faire untrès-grand nombre de citations, sur-tout si j’avois voulu rap-peler les limites incertaines et trop souvent violées des genresqui comprennent les plantes à demi - fleurons , tels que sontceux des hieracium, crépis, sonchi/s, lactuca, scorzonera, etc. ;tels encore ceux des alysson , draba , cochlearia , lepidium ,thlaspi, etc. j tels enfin ceux de beaucoup de labiées, grami-nées , etc. etc. Mais ce que j’ai dit est plus que suffisant pourfaire voir combien l’idée de conserver des rapports a gêné lesBotanistes dans la formation des genres, et combien l’opiniâ-treté avec laquelle ils ont tout sacrifié à ce préjugé, jette d’ir-régularités dans leurs principes , et porte atteinte à la stabilitéde leurs règles, qui se perd dans la multitude des exceptions:ils n’ont pas senti qu’il y auroit eu bien moins d’inconvénientà se mettre peu en peine des rapports , pour former des loixsaillantes, des divisions nettes et circonscrites, démenties, àla vérité , par la marche libre et infiniment variée de la Nature,mais bien plus propres à nous conduire avec certitude à la con-naissance de chaque individu.
Il me sera facile de montrer que tout ce que je viens de direà l’égard des familles et des genres, a aussi parfaitement lieupour les espèces, et que l’étude de la Botanique à cet égardest encore embarrassée de mille incertitudes et de difficultésinsurmontables : car, au lieu de chercher à distinguer les es-pèces par des caractères trancharis , toujours confirmés par laconstance dans la reproduction , et sans jamais employer leplus ou le moins, presque tous les Botanistes à présent multi-plient infiniment les espèces aux dépens de leurs variétés ) ilsne connoissent plus de bornes à ce désir de créer de nouveauxêtres -, la moindre nuance dans la grandeur, dans la couleur oudans la consistance de deux individus , leur suffit pour formerdeux espèces particulières. Ils ne font pas attention que lessemences d’une même plante portées dans deux endroits diffé-rons , exposées et cultivées dans des circonstances lout-à-faitcontraires, produiront nécessairement, au bout de quelquesannées , deux plantes qui différeront beaucoup par leur aspectextérieur j c’est-à-dire, que l’une pourra être vigoureuse , suc-culente, d’un verd plus foncé, plus garnie dans toutes ses par-ties, etc. tandis que l’autre sera maigre, dure, blanchâtre,moins élevée, quelquefois même un peu penchée, moins glabre