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HISTOIRE DES BALLONS
ment pour un billet de six livres. On prit des mesures d’ordre enprévision de l’affluence d’étrangers que cette ascension allait atti-rer à Lille , et le départ fut fixé pour le 25 avril, jour de la fête dela Saint-Louis; mais à cause du mauvais temps, il fut remis aulendemain. Chose singulière, qui se trouve enregistrée dans lesarchives de la ville de Lille : dans la crainte que l’aéronaute netint pas sa promesse, le magistrat le fit garder à vue.
Quelques jours auparavant, Blanchard avait fait à l’Hôpitalgénéral et au Grand Magasin l’expérience du parachute, et le 26,dès l’aube, il commença les préparatifs du gonflement de sonballon, sur le Champ de Mars de Lille , près de l’Esplanade.
Blanchard monta dans la nacelle un peu avant onze heures,avec son compagnon de voyage, le chevalier de l’Espinard; quel-ques coups de vent assez forts rendirent le départ difficile ;l’ascension n’en eut pas moins lieu à onze heures quarante-cinqminutes. Les voyageurs déjeunèrent gaîment au milieu des airs;ils burent une bouteille de vin que le prince de Ghistelles leuravait donnée, et sur laquelle il avait collé l’inscription suivante :Vin de Calabre destiné à être bu dans les deux par les aéronautesM. Blanchard et le chevalier de l’Espinard.
« Nous le savourâmes d’autant mieux, dit Blanchard, que nousn’avions pas eu le temps de manger avant de partir et que l’airétait très vif... »
L’ascension offrit un grand intérêt au point de vue météorolo-gique; on va le voir par quelques extraits que nous empruntonsà la narration officielle du voyage :
« A midi et trois quarts, nous étions dans un silence parfait etjouissant du plus beau ciel. Les nuages s’étaient tellement amon-celés qu’ils nous avaient dérobé la terre; il nous semblait que nousvoguions sur une mer en tempête, dont les flots écumaient, aveccette différence qu’aucun bruit ne se faisait entendre. Nous obser-vâmes l’ombre de notre globe qui se projetait sur la surface iné-gale des nuages, et à cette ombre on voyait un arc-en-ciel quijetait les couleurs du prisme les plus vives...
» A une heure dix minutes, nous descendîmes dans un nuage,et après l’avoir traversé, nous découvrîmes deux villes, l’une à