NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
1
parois couvertes d’efflorescences d’un blanc de neige, desquelles s’élancentdes jets de vapeur, de 84 à 86 degrés centigrades, mêlés à des gaz sulfu-reux et à l’acide carbonique, mais en très faible quantité, de sorte qu’onvoit rarement une nuée s’échapper de la bouche du pilon. Grâce à l’abriqu’offrent les parois du cratère, ces faibles vapeurs suffisent pour donnerune température fort douce à la cavité suprême de la montagne; quandon y entre, après avoir cheminé sur les pentes de scories, âpres et désertes,on s’étonne de pénétrer dans un petit monde à part, tout frémissant de vie,où bourdonnent incessamment les mouches et les abeilles, où volent leshirondelles et les « fi'ingilies du pic ». Quelques fumerolles situées à labase du cône dégagent aussi de son excédent de vapeurs l’intérieur dufoyer. On leur donne le nom pittoresque de mtrizes : ce sont les « narines»du géant endormi 1 . Rarement les jets de gaz sont assez abondants pourfondre les neiges qui blanchissent le cône pendant l’hiver : une grotte,dite la Cueva del Yelo, se comble chaque année de neiges et de glaces dontviennent s’approvisionner les gens d’Orotava . Au-dessous du piton, desneiges se voient rarement; pourtant de février en avril de blanches striesse montrent quelquefois jusqu’à 1600 mètres.
La capitale de l’île, Santa-Cruz de Tenerile, l’Anaza des Guanches, ri-vale en population et en commerce du chef-lieu de Grau Canaria, est situéecomme elle sur la côte orientale de son île et non loin de l’extrémité sep-tentrionale. Son petit port est abrité contre les vents du sud par unejetée que l’on prolonge de quelques mètres tous les ans ; des ouvrages dedéfense qui semblent peu redoutables dominent la ville au nord-ouest.La ville de Laguna, bâtie sur le faîte du plateau, à l’ouest de Santa-Cruz,n’a plus le petit lac qui lui a valu son nom; la destruction des forêts adiminué les pluies et les rosées et fait tarir les sources du bassin ! . La-guna est un lieu déchu; elle eut une université, et ses couvents étaientriches et peuplés : la vie s’est retirée d’elle. Plusieurs de ses édifices sonten ruines; mais les bourgs environnants, dits les Rodéos ou les « Défri-chements ». prospèrent, entourés des campagnes les plus fertiles et lesmieux cultivées de l’île. Les villages d’Anaga, tournés vers les vents alizés,ne sont pas moins beaux. Taganana notamment, dont les jardins verdoyants,portés en terrasses sur de brusques falaises, enceignent deux sombres blocsde phonolithes, en forme de piliers, surprend à la fois par sa grâce et parla beauté sévère de l’amphithéâtre de monts qui l’entoure : c’est la
1 Ilumboldt; — Piazzi Smytli; — von Fritsch, etc.8 Léopold von Buch, ouvrage cité.