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Livre XII. L'Afrique Occidentale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

des cases, plus exigeants que les maîtres, ce sont eux qui portent presquetout le poids du travail : ils font la besogne et reçoivent les coups. Oupeut en trafiquer comme d’animaux; toutefois il n’est pas d’usage de sedébarrasser de ceux qui ont vieilli sur le domaine : on ne vend guère queles captifs nouvellement acquis. L’esclave qui fend l’oreille d’un homme oud’uu enfant libre passe, par cela même, avec toute sa famille, au pouvoirde celui qu’il a blessé : c’est le moyen qu’employaient les captifs malheu-reux qui voulaient changer de maîtres. MM. Carrère et Ilolle citentl’exemple d’un personnage du Dimar si renommé pour sa douceur,qu’on l’avait complètement privé de ses oreilles; après l’homme on s’en pre-nait à ses animaux 1 * . Ce sont les peuplades chez lesquelles il y a le moinsd’esclaves — entre autres celles des Toucouleurs, — qui ont aussi le plusd’énergie pour le travail et qui aident le mieux à la transformation socialede la Sénégambie par l’émigration dans les villes du littoral. Le travail esten si grand honneur chez les Toucouleurs Dénianké, que l’almamy lui-même est obligé de cultiver son lougan ou du moins de surveiller ses servi-teurs*; jadis il présidait au travail, armé comme pour un jour de bataille,accompagné de ses griots, chantant et battant sur leurs tambours 3 4 5 . Dansles limites du territoire administré directement par les représentants de laFrance , la servitude est abolie depuis 1848 et, d’après la loi, tout captifdevient libre en posant le pied sur cette terre libre; mais les mœurs colo-niales ont toléré mainte violation du droit : parfois des captifs ont étérendus à des maîtres puissants, et même l’on a vu des convois d’esclavestraverser le territoire français *. C’est précisément dans le voisinage desEuropéens que les noirs asservis ont le plus à souffrir : la valeur desproduits aggrave le labeur 3 .

La superficie du pays qui constitue le domaine politique du « Sénégal »est peu considérable. 11 y a un demi-siècle, il était presque imperceptiblesur les cartes : au terrain commandé par le canon des forts se bornait ledomaine appartenant à la France . Si ce n’est dans les deux îles, Saint-Louis la fluviale et Corée la maritime, et en quelques points fortifiés dela rive du Sénégal, les Français étaient considérés seulement comme desétrangers de [tassage. La constitution d’un domaine colonial digne dece nom et le mouvement de pénétration méthodique dans l’intérieur du

1 Mollien ; Caillié ; Raffenel; Carrère el Ilolle; Ricard; Soleillet.

s Carrère et Ilolle, ouvrage cité.

3 Lakat, ouvrage cité.

4 Victor Schoelcher, L’Esclavage au Sénégal en 1880; — Soleillet, Voyage à Ségou (manuscrit).

5 Ricard, ouvrage cité.