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Livre XII. L'Afrique Occidentale.
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AC II A.VH.

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générale des fortunes en faveur du trésor. Tous les hommes valides consti-tuaient son armée : dès que la guerre était proclamée par le tambour,chaque homme prenait son fusil, sa cartouchière, sou sac de vivres, sesamulettes et s’élançait derrière ses chefs, tandis que les femmes, le corpspeint d’argile blanche, marchaient en procession dans les rues et fouillaientles maisons pour y découvrir les lâches ou les retardataires et les pousserdevant elles à grands coups. La coutume ne permet pas au roi de laisserle trône à son fils : son pouvoir est transmis au fils aîné de sa sœur ou àtout autre neveu par le côté des femmes. Le nombre officiel des épouses,d’après Bowdich, est de 5555, quoique cinq ou six seulement habitent leharem particulier; mais toutes ces femmes ou plutôt ces esclaves sonttenues jalousement enfermées sous la garde des eunuques : elles ne sortentque la nuit. Seule, parmi les femmes de la cour, la mère du roi, qui faitpartie du conseil des ministres, peut se montrer en public la figure nonvoilée. Les princesses, sœurs du roi, ont le droit de prendre pour épouxl’homme de leur choix, à la condition qu’il soit fort, jeune et beau ; maisnaguère c’était là une faveur dangereuse, car si l’épouse ou son fils mou-rait avant, lui, il devait, fidèle esclave, accompagner sa maîtresse ou sonmaître dans le tombeau 1 . Souvent aussi des gens de naissance royaleétaient condamnés à mort, mais sans effusion de sang : un officiel’ lesnoyait dans la rivière.

Les chefs, généralement désignés par les Européens sous le nom portu-gais de cabéeères, se plaisent à porter de beaux vêtements, robes de soieet pantalons à la mauresque, et dans les grandes occasions ils se peignentla ligure de couleurs éclatantes. Les descendants des grandes familles ontseuls droit au « tabouret », comme les ducs et pairs de la cour de Louis XIV ;ce sont aussi les généraux-nés pour les troupes du roi. Dans les bataillesils se tiennent toujours en arrière, accompagnés par un officier qui lesabrite sous un parasol, et sont environnés de gardes chargés de donner lamort aux soldats qui lâchent pied. Ils doivent toujours affecter l’indiffé-rence et le dédain : les généraux les plus fameux se plaisaient, au fortde la bataille, à se livrer à quelque jeu d’agrément, le pied posé sur latète fraîchement coupée d’un chef ennemi; vaincus, ils ne devaient passurvivre à la défaite et se suicidaient devant leurs troupes : « La mort estpréférable à la honte, » dit un proverbe achanti. Ainsi que le roi, les ea-bécères ont un grand nombre de femmes, mais il est rare que les gens dupeuple aient plus d’une épouse; même la plupart des soldats restent céli-

5 Winwood Rende, African Sketch-bock.