Band 
Livre XII. L'Afrique Occidentale.
Seite
432
JPEG-Download
 

432

NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

bataires, l’équilibre des sexes ayant été rompu pour emplir les harems despuissants. Les mœurs autorisent les pratiques les plus barbares de la partdu mari. Les cabécères peuvent vendre leurs femmes en esclavage ou lesdécapiter pour cause d’adultère; la bavarde est condamnée à perdre lalèvre supérieure; celle qui écoute aux portes est privée d'une oreille; sion la soupçonne de sorcellerie, on la soumet à la torture. Les Achanlisont fort jaloux, et la coutume ne permet point qu’on vante la beautéd’une lenune mariée.

^Naguère les enterrements étaient les événements les plus redoutablesdans la société des Achanli. Dès que la mort d’un cabécère s’annonçaitcomme prochaine, on surveillait ou même on enchaînait les esclaves pourqu’ils ne pussent échapper à la terrible cérémonie. Aussitôt après le der-nier soupir du maître, deux d’entre eux étaient sacrifiés pour lui servir docompagnons; puis, lors de l’enterrement solennel, toute la bande des vic-times désignées, d’autant plus considérable que le personnage défunt étaitplus riche ou plus fameux, marchait dans la procession funéraire, entouréede femmes qui criaient et dansaient, peintes couleur de sang. Un mot ma-gique, paraît-il, aurait pu sauver les malheureux voués à la mort; maisles hurlements de la foule et les roulements du tambour empêchaient qu’onn’entendit celte parole de salut ; les exécuteurs, reconnaissables à leurs vêle-ments noirs, restaient sourds à tout appel, et pour arrêter le cri de grâceils fermaient la bouche de l’esclave soit par le bâillon, soit par un coup depoignard qui lui perçait les deux joues ; puis ils lui abattaient la main droiteet lui sciaient la tête. Mais les esclaves ne suffisaient point pour accompa-gner le grand chef dans l’autre vie : il lui fallait la société d’un hommelibre. Un des assistants, assailli par derrière, tombait à côté des autres ca-davres, et son corps, encore tout chaud, était jeté dans la fosse, que l’onrefermait immédiatement. Quand il s’agissait de donner des compagnonsau roi, c’est par centaines qu’on tuait les hommes ; tous ceux qui luiavaient servi d’espions et qu’on appelait km, c’est-à-dire les « âmes » dusouverain, devaient suivre celui sur lequel ils avaient charge de veiller:il ne pouvait se présenter dans l’autre monde que dans la compagnie deses âmes 1 . On lui remettait aussi tout un trésor, auquel ses successeursne pouvaient loucher qu’en temps de péril pour leur royaume.

La punition des crimes, délits ou simples infractions aux règlementspoliciers fournissait aussi aux grands personnages achanti l’occasion deverser le sang et d’infliger des tortures. Casser un œuf dans les rues de

1 Ramseyer, ouvrage cité.