Band 
Livre XIII. L'Afrique Méridionale.
Seite
551
JPEG-Download
 

A-SOL TO.

551

nationale a remplacé les rancunes de village à village, el cest grâce à cetesprit de solidarité, soutenu par la vaillance dans les combats, que les Ba-Sonto ont pu conserver en grande partie leur autonomie politique en lacede leurs suzerains anglais . Jadis les montagnards se mariaient entreparents, ce qui paraissait une abomination aux Calées de la cote, tousexogames et refusant même de prendre femme dans une famille étrangèreportant le même nom <pie le leur.

Bien [dus riches en bétail quils ne létaient il y a un demi-siècle, quandles fauves rodaient encore autour des troupeaux, les Ba-Souto considèrenttoujours le soin des bêtes à cornes, et celui de leur nouvelle conquête, lecheval, comme la plus digne occupation dun homme : les lils des chefsdoivent pendant une partie de leur jeunesse mener la vie de simples ber-gers, et les rois eux-mêmes quittent leur cour pour aller surveiller lestroupeaux et les guider vers de nouveaux pâturages; dans les villages,l'espace central, à côté de la khotla ou résidence du roi, est toujoursréservé au bétail. Mais à cette industrie nationale, source première de laprospérité des Ba-Souto, ceux-ci joignent une culture bien entendue deleurs champs; déjà plusieurs milliers de charrues ont été introduites dansles vallées du l.e-Soulo, et ils ne se bornent plus, comme autrefois, àsemer le sorgho, leur céréale préférée : ils cultivent tous les grains, tousles fruits de provenance européenne, et. par leurs exportations contribuentchaque année à lalimentation des habitants de la colonie du Cap ; desvergers entourent maintenant tous les villages. La fertilité de leur sol, tou-jours bien arrosé, fait de leur pays un des greniers naturels de lAfrique australe , et jusquà nos jours laccaparement de la terre, qui divise-rait la nation en riches et en misérables, na pas eu lieu : le sol nourri-cier appartient à la communauté tout entière 1 . Le travailleur seul a droitaux produits du champ; en cessant de le cultiver pour aller sétablirailleurs, il doit le remettre au chef, qui le prêtera au nom de la communeà un autre cultivateur. Dans les bonnes années, la valeur des denréesvendues par les Ba-Souto dans la colonie du Cap et dans la région diaman-tifère sest élevée à plus de 5 millions de francs. Comme les Savoyards etles Auvergnats, les Ba-Souto envoient aussi chaque année dans les régionsenvironnantes de jeunes émigrants, qui lôtou tard reviennent dans la patrieavec un petit pécule : il leur est en général facile de trouver de louvrage,car ils sont persévérants au labeur, et leur réputation de probité est depuislongtemps établie; mais quand on ne leur donne pas le salaire convenu,

1 E. Ca-alis, Les Bassoutos, vingt-trois aimées de séjour et d'observations au sud de l'Afrique .