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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
tion de cyclones lointains; ils remontent comme le mascaret dans lesfleuves et les estuaires.
Chacun des deux courants aériens qui se succèdent au-dessus de l'ar-chipel apporte ses pluies et ses orages; aussi les deux versants sont-ils arrosés tour à tour. Quand souffle le vent du nord-est, les parties du lit-toral et les pentes des montagnes tournées dans cette direction reçoiventune grande quantité de pluie; mais les côtes occidentales, celles de Manille par exemple, abritées contre les orages par les monts de l'intérieur, jouis-sent d’un beau temps presque inaltérable. Après le renversement desmoussons, c’est le contraire : les rivages occidentaux sont arrosés chaquejour par une pluie d’orage, tandis que de l’autre côté des montagnes pré-vaut la sécheresse. D’ailleurs, l’alternance des saisons et l'abondance despluies varient singulièrement suivant la latitude des îles, la hauteurmoyenne du sol, la direction des chaînes de montagnes, les avenues queles détroits ouvrent au vent et que leur ferment les promontoires. Ainsi,la quantité d’eau qui tombe annuellement dans la vallée de l’Agusan, àMindanao , est de 4 mètres environ, près du double de ce que reçoivent lescampagnes de Manille . Le volcan de Majayjay, situé près de l’isthme quirejoint Luçon à la presqu’île de Camarines, et par conséquent soumis àl’influence des deux moussons, avec leurs pluies alternantes, reçoit parfoisdes averses ou collas pendant huit ou neuf mois, avec de rares intervallesde jours secs'; aussi des torrents considérables déc ' ’e tout son pour-tour. Dans les régions où l’on peut toujours compter sur une abondancesuffisante d’humidité, comme dans la vallée de l’Agusan, on sème et l’onrécolte en toute saison; ailleurs, il faut se régler sur la période des pluies,soit pour en faire profiter la plante, soit au contraire pour la lui éviter.De là, entre les deux versants, ce contraste des cultures qui étonna les pre-miers navigateurs. Les récoltes ont lieu d’un côté des îles quand les semisse font de l’autre côté.
Cette môme alternance des vents et des pluies est pour les pêcheries, lanavigation, le commerce des deux littoraux de l’archipel la cause de con-trastes semblables à ceux de l’agriculture. Pendant la durée des vents dunord-est, les barques des rivages orientaux ne peuvent plus tenir la mer etse réfugient dans les ports; les pécheurs, les marins reviennent à terrepour devenir agriculteurs ou chercher à marée liasse les coquillages et lespoissons restés sur les récifs. C’est précisément alors que les embarcationsdes ports occidentaux s’élancent dans la haute mer. A la renverse des sai-
1 Jagor, ouvrage cité.