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Livre XV. Amérique boréale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

Certainement la rumeur de tous ces voyages s’était propagée de port enport, ainsi qu’en témoignent les cartes marines de cette époque, où deslignes de rivages, quoique tracées à l’aventure, étaient au moins justifiéespar les légendes _ es. En outre, les découvertes récentes faites dans

1’ ' ' e au sud-ouest de l’Europe, Madère, les Canaries, les Açores ,étaient plus ou moins confondues dans l’imagination des marins avec lestraditions anciennes relatives aux « îles Fortunées », et avec les mytheschrétiens qui parlaient d’iles habitées par des saints. Tous ces archipelsépars devaient faire surgir devant la pensée d’autres groupes d’iles pluslointains, d’autant plus que le Ilot apportait des plantes, des graines incon-nues, des hois étrangement taillés. On vit même, sur la grève de Flores,deux cadavres dont les traits ne ressemblaient nullement à ceux des Aço-riens. Une de ces terres errantes, « semblables à l’illusion du mirage »,dit Colomb lui-même, était l’ile de San Brandan, que l’on a poursuiviedans toutes les parties de l’Atlantique et jusque dans l’océan Indien ;quant à l’ïle des « Sept Cités » ou Se te Ci (la des, colonisée par lesfidèles des sept évêques légendaires que l’invasion des Maures chassadu Portugal, elle a fini par se localiser dans la plus grande des Açores ,San Miguel , où se trouve maintenant la lagune ou « chaudière » des SeptCités; Anlilia, autre île sacrée, tantôt distincte, tantôt associée aux SeptEvêchés ou à San Brandan, ne cessa de se déplacer sur la rondeur ter-restre qu’après avoir donné son nom aux Antilles , les îles avancées duNouveau Monde; enfin, au delà de l’île du Brésil (isola de Itrazi) trouvéedans les Açores, où une montagne de Terceira porte encore l’appellationde monte Brazil, on continua de chercher la terre du verzin ou « hois deBraise », jusqu’à ce qu’on eut enfin découvert la vaste contrée de SantaCruz, bientôt après désignée universellement sous le nom de Brésil 1 2 . Lescartes montraient, il est vrai, une île de Man Satanaxio*, dont le nomdéformé était devenu « Main de Satanas » et que l’on disait être une « mainnoire » qui sortait de la mer pour saisir les vaisseaux et les entraîner dansl’abîme 3 ; mais, d’autre part, une mystérieuse statue équestre érigée en unroc dans l’île de Corvo montrait de son doigt la direction à suivre pouraller à la découverte du Nouveau Monde, et ce signe de la main, disent lesindigènes, ne fut compris que par un seul homme, le grand Colomb 4 .

D’ailleurs les mathématiciens cherchaient aussi à percer le mystère des

1 Fr. Kunstmann. ouvrage cilé.

2 Probablement Saint-Athanase.

3 Chateaubriand. Voyage en Amérique.

4 Humboldt ; —Navarrete ; — L. Cordeiro, etc.