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Malgré la faiblesse de la pente générale, les glaces du (iroenland sonten mouvement. Tous les changements d'équilibre qui se produisent ontpour résultat de déplacer les molécules dans le sens du versant. Quand onapplique l’oreille contre la glace, on perçoit une sourde rumeur, accompa-gnée de bruits plus nets, comme ceux de détonations lointaines. Ces voixsont celles des ruisseaux qui coulent dans les profondeurs, des blocs deglace qui tombent dans les cascades, des crevasses qui s’ouvrent ou se re-ferment. Les veines d'eau qui s’échappent du cristal changent fréquemmentde place, suivant les éboulemenls de la glace surincombante, les congéla-tions et les dégels, et tous ces mouvements se propagent d’amont en aval, demanière à pousser peu à peu la masse de la région des laites vers le litto-ral marin. La pression de la glace entraînée est d’une telle puissance,que le courant poussé contre la face d’amont des nunalakker, formantbarrage à travers le fleuve des glaces, remonte ces pentes en amas dislo-qués et retombe à l’aval en cataractes de séracs.
Si l’on ne connaît guère encore l’intérieur du (iroenland, du moins lesextrémités inférieures des glaciers indiquent-elles par leurs dimensionsl'importance relative des bassins de réception et d’écoulement qui se par-tagent la contrée. Vers le nord, la cote orientale, qui regarde l'Europe ,parait être moins riche que la cote occidentale en glaciers débordant audelà du littoral : la cause naturelle en serait la moindre étendue du bas-sin d’écoulement, (pie limite à l’ouest un faite voisin de la cote. D’ailleursles montagnes de glace sont emprisonnées, pour ainsi dire, à l’issue deleurs fjords par la grande banquise qui borde le littoral de l’est; la murailleflottante ne leur permet pas d’échapper, et par des pressions alternantes lesbrise, les réduit en d’innombrables fragments '. Les glaciers de la rive atlan-tique les plus rapprochés du pôle que l’on ait étudiés se déversent dans levaste fjord de François-Joseph . L'un d’eux, qui s’épanche du mont l'eter-înann, porte sur son dos une superbe moraine, comme une saillie verté-brale, et descend jusqu’à la mer en serpentant sur une longueur d’environ"20 kilomètres; des rochers de glace, dominant de 50 à 60 mètres le niveaumarin, flottent dans le bassin profond du fjord, mais n’arrivent pas à lahaute mer, qu’une banquise ou un amas de blocs pressés les uns contre lesautres sépare des rivages par une large zone changeante, de 100 à 200 kilo-mètres. Les montagnes de glace, enfermées dans le fjord sans courantet réchauffées en été par la chaleur que réfléchissent les parois environ-nantes, chavirent et tournoient quand un bloc s’en détache, transformant
1 II. Rink, Pclcrmanris Millcilumjen , 1889, Ucft V.