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Livre XV. Amérique boréale.
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NOUVELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE .

cônes de quelques mètres de hauteur qui, par la l'orme et la couleur,rappellent les tentes d’une armée. Des mares, des lagunes, des lacs em-plissent les dépressions du plateau blanc; des ruisseaux, des rivières,se creusent dans la neige et la glace par des ravins sinueux aux paroistransparentes; des cascades plongent le jour dans les lissures et la nuit secongèlent en longs pendentifs. Dans son exploration de 1870,Mordenskiôlda vu aussi des jets d'eau intermittents s’élancer à une grande hauteur parles lissures de la glace : il ne put les étudier, néanmoins il présume que cesont des geysir.

Si ce n’est à la hase des glaciers et dans le voisinage immédiat de la chute,les moraines manquent sur le champ de glace de l’intérieur : à distance dela côte on ne rencontre pas une seule pierre dans l’immense étendue. Pour-tant des saillies de rochers, des nunatakker, lieux redoutés par les Eski-maux comme le séjour des fantômes, jaillissent en certains endroits au-dessus de la nappe des neiges, comparables à des îles au-dessus de lamer; et sur quelques-uns de ces nunatakker, délivrés des neiges par leschaleurs de, l’été, on découvre avec étonnement des mousses et des phané-rogames. Jensen y vit de petites graminées, des carex, des saxifrages, ainsique des renoncules, des silènes et des pavots, minuscules tiges s’abritantsous la mousse; une larve de papillon, deux araignées en constituaient lafaunule; un oiseau avait été apporté par la tempête' sur ce roc isolé, hautde 15Ô7 mètres et situé à 40 kilomètres dans l’intérieur du champ deglace. C’est un mystère du Groenland que l’existence de ces petits cen-tres de vie végétale et animale au milieu de l’infini des neiges. Cependantcelles-ci ont aussi leurs organismes, puisqu’on voit sur les névés et les gla-ciers des surfaces jaunes et rouges, dont la couleur est due aux milliardsd’êtres qui s’y développent. Enfin, les glaces de l’intérieur sont persilléesd’innombrables petits trous, de dimensions diverses, emplis au fond degouttelettes d’eau et d’une couche de poussière grise sur laquelle naissentde nombreuses plantes microscopiques. Cette poussière, à laquelle Mor-denskiôld a donné le nom de cryokonile ou « poudre de glace », est telle-ment abondante, que sa masse représente certainement plusieurs tonnespar kilomètre carré et qu’elle donne une teinte grisâtre à l’étendue duglacier; elle se compose de débris de toute espèce apportés par le vent,mais elle renfermerait en outre des substances d’origine cosmique : d’aprèsle savant Suédois, il faudrait y voir surtout la poussière des météores quitraversent l’atmosphère planétaire.

1 .tonsen. Kommip et Grotli, Mcddclelscr om Grünlund. tome I.