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Livre XV. Amérique boréale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

couler à fond; aussi les rameuses naviguent en général fort prudemment.Parmi toutes les tribus innuit, une seulement ne possède aucune sorte debateau : ce sont les gens d’ita. Ont-ils oublié l’art de la navigation, ou bienont-ils reconnu qu’au bord d’une mer presque toujours recouverte de glacesils perdraient leur temps à attendre la débâcle et qu’il vaut mieux s’em-ployer sans répit à la cliasse sur la terre ferme et les banquises?

Les Eskimaux sont d'une rare adresse à pourchasser le plioque. Ils lesurprennent d’ordinaire et manœuvrent de façon à le pousser dans unebaie et à lui couper la retraite. Au harpon qu’ils lancent est attachée unelongue corde munie d'une vessie flottante; elle indique l’endroit où l'ani-mal a plongé et le force à revenir à la surface, attendu par les coups dejavelot ou les balles de carabine. En hiver, les chasseurs savent aussi cap-turer leurs victimes, malgré la couche de glace qui recouvre la mer. Lesanimaux, obligés de respirer de temps en temps à l’air extérieur, se tien-nent dans le voisinage des trous formés par la violence des marées oudes fissures de la dalle cristalline : leurs « ventilateurs » sont d’ordinairede petites cheminées, orifices de quelques centimètres de large que main-tient leur souffle et que la vapeur exhausse sur les bords. L'Innuit voitde loin ces saillies en forme de cloches, il entend la rude baleine du, et, se glissant à pas étouffés au bord du trou, harponne soudainl’animal 1 2 . Le renne se trahit aussi de loin, par le brouillard que forme sarespiration et qui monte comme une fumée dans le ciel clair.

Dix ou douze kilogrammes de chair à dévorer chaque jour n’eU’rayent pasl’Eskimau , mais il est rare qu’il puisse faire de pareils approvisionnements :d’après les statistiques détaillées de Rink, le nombre des animaux tués dansle Groenland danois* donne à peine un kilogramme de viande par jour àchaque habitant. Si la répartition de la nourriture se faisait régulièrementde saison en saison, elle pourrait suffire peut-être; mais il arrive souventque îles périodes de disette succèdent à des temps d’abondance. Pendant laplus grande partie de l’année, les malheureux souffrent de la faim. Lesanciennes pratiques de cannibalisme n’existent plus, l'infanticide est rare,et les malades, les vieillards, qui se sentent inutiles, n’invitent plus leursproches à les achever; mais la même œuvre de mort se fait indirectementpar la misère. Cependant, par un contraste imprévu, la mortalité est beau-

1 U. Rink, ouvrage cité.

2 Produit moyen de la pèche, de 1870 à 1877 :

Phoques ordinaires (phoca fœtida) . 51 000

Autres phoques. 57 000

Morses.. 200

Haleines blanches et narvalsBaleines franches ....Morues.

700

5

200 000