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Livre XV. Amérique boréale.
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CLIMAT DES ILES POLAIRES.

fient, élèvent la température locale; en temps calme, c’est-à-dire en tempsnormal d’hiver, avec baromètre élevé, l’air plus dense et plus froid pèsesur le sol ; mais dès qu'une rupture d’équilibre se produit, et que les cou-rants aériens se précipitent, le froid réel diminue notablement, quoiqu’ilsoit plus sensible et qu’il incommode beaucoup plus les voyageurs quele froid intense des calmes; d’ordinaire, nous dit Na res, une hausse ra-pide de la température est mal accueillie des explorateurs, parce qu’elleappelle les troubles de l’atmosphère et les tempêtes. L’accroissement dela chaleur est généralement accompagné de brouillards épais, qui contri-buent beaucoup à la disparition des glaces : sous leur action, elles se« chambrent », se divisent en aiguillettes verticales et se rompent. « Lebrouillard les a mangées», disent les Eskimaux .

11 est facile de comprendre pourquoi tous les vents qui soufflentdans l’archipel Polaire amènent une hausse de température : ou bienils proviennent des régions du midi, ou bien ils traversent de vastesétendues maritimes. Même le vent du nord-ouest, le courant atmosphé-rique le plus fréquent dans l’archipel Polaire, apporte un air relativementtiède, et l’on peut y voir sinon la preuve, du moins une très forte pré-somption (pie tout l’espace compris entre les îles boréales de l'Amérique etles cotes sibériennes est occupé par des régions maritimes où s’étendentpeut-être des eaux libres, et où du moins le rayonnement n’exerce pas lamême action de refroidissement que dans l’intérieur des terres 1 . L’Amé-rique a donc son pôle de froid, non dans les parages de l’Océan situés prèsdu pôle géométrique, mais dans son archipel boréal : parfois ce point de[dus basse température se trouve vers le milieu de la ligne qui relie le pôleproprement dit au pôle magnétique. Ce pôle de froid est spécial à l’Amé-rique , et les observations des météorologistes permettent d’affirmer qu’ilne se confond jamais avec l’autre pôle de plus grand froid, celui del’Asie sibérienne, dont le point mobile se balance entre Yakoutsk etNijne Kol'imsk. Le pôle asiatique, le plus continental des deux, est ausside beaucoup le plus froid, puisque les basses températures y seraient des-cendues de 60 à 63 degrés au-dessous de zéro. D’ailleurs les points vir-tuels désignés par ce nom de « pôles du froid» se déplacent incessammentsuivant les conflits des airs, et nulle part ils ne sont plus incertains dansleur marche qu’en ces régions polaires. Nares a constaté des changements detempérature comportant plus de l v 2 degrés centigrades en l’espace de vingtminutes. Aussi, même par le plus beau temps, les navigateurs doivent-ils

• Müliry, mémoire cité.