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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
teints île sang noirci, emplis de chairs fraîches, putréfiées on hrfilées,étaient horribles à voir; quelques-uns avaient pour ouverture une porteen forme de gueule, où des crânes, par centaines ou par milliers, étaientaccrochés aux mâchoires du monstre. A côté s’élevaient des pyramides com-prenant « plus de cent mille crânes chacune »'. Une des fêtes de l’an-née était celle de 1’ « écorcheinent », et les prêtres parcouraient alors lesquartiers de la cité, revêtus de la peau des victimes, rouges de sang frais.Mais la multitude même des massacres rendait les dieux insatiables et lesmalheureux humains cherchaient des viclimes de plus en plus nobles pourque leur sang pût enfin apaiser les maîtres de leur sort. Dans la religionchrétienne, un fds de Dieu, Dieu lui-même, expia les péchés des élus sur lebois infâme de la croix; mais du moins ceux qui le cruciüèrent ignoraientla grandeur de leur victime; les Mexicains, au contraire, se créaient desdieux pour les sacrifier aux divinités plus puissantes. Quand un personnagemourait, le prêtre qui l’accompagnait dans la tombe portait le masque d’undieu : c’était un dieu lui-même. Aux jours de grandes cérémonies nationales,un fils de roi ne leur eût pas suffi; il leur fallait un fils de dieu : les jeunesgens qu’ils sacrifiaient étaient élevés par eux au rang divin ; avant de lestuer, ils les suivaient en procession triomphale et se prosternaient avecadoration devant eux. Puis, après le sacrifice, ceux qui goûtaient à la chairsacrée et qui « mangeaient Dieu », ainsi que le disait le nom même durepas 2 , pouvaient faire passer dans leur propre corps un peu de la sub-stance divine et se croyaient ainsi devenus participants de la nature desdieux : telle était la forme terrible que la théophagie avait prise au Mexique .
De pareilles pratiques religieuses avaient dû naturellement se compléterpar une législation féroce, et pourtant le peuple semble avoir été d’un 1resbon naturel, fort doux, tendrement familial 3 4 :« Mon cher fils, mon bijou,ma belle plume! » c’est ainsi que la mère parlait à son enfant 1 . D’aprèsIxtlixocbitl, le larcin dont la valeur dépassait le prix de sept épis de maïsétait puni de mort. Pour des populations entières, une fin violente parais-sait plus probable que la mort naturelle. On comprend la mélancolie quidevait s’emparer de ce pauvre peuple, dont semblait s’écarter la faveurdivine en proportion même des victimes qu’il lui offrait. L’empereur Aeza-hualcoyotl, souverain de Texcoco , le poète couronné qui risqua sonroyaume sur un enjeu de trois dindons, pour témoigner ainsi le peu de