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Livre XVII. Indes occidentales.
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cas qu’il faisait de la puissance, exprimait le sentiment de tous quand ildépeignait le « jour prochain où sc montrera le destin sombre, le granddestructeur » ! Même la terrible conquête espagnole, avec les massacres, leslléaux, les lamines qui l’accompagnaient et la servitude qui la suivit, lutun bonheur pour les nations de l'Anahuae; elle les arrachait à une fata-lité sans issue, pour les faire entrer, par un bien rude apprentissage, dans lemonde nouveau de la solidarité humaine.

Celle ère de transformation commença d’une manière affreuse pour lespopulations de l’Anahuae. Les conquérants espagnols firent au Mexique cequ’ils avaient fait dans les Antilles : ils massacrèrent les indigènes quirésistaient et soumirent les survivants à un régime d’esclavage sans pitié.« Une longue expérience, dit Pierre Martyr Anghiera, a démontre la néces-sité de priver ces hommes de la liberté et de leur donner des guides et desprotecteurs'. » Grâce aces « protecteurs », des provinces se trouvèrentpresque entièrement dépeuplées en moins d’une génération. Le siège deMéxico , « où les hommes étaient aussi nombreux que les étoiles dans le cielet les grains de sable au bord de la mer», coûta la vie, dit-on, à 150 000 per-sonnes. De même, d’après Pimentel, la province de îSueva-Galicia, qui estdevenue l’État de Jalisco , aurait vu sa population de 450000 Indiens ré-duite à 1 *2 000. 11 est vrai (pie, dans leur rapide promenade de conquête etd’asservissement, les Espagnols furent aidés par l’apathie du pauvre peuple.La foule conquise que des maîtres avaient écrasée de vexations et de corvéesn’éprouvait aucune répugnance à changer de tyrans : même il lui conve-nait mieux d’avoir à se prosterner devant des demi-dieux armés du ton-nerre que devant les hommes de sa propre race.

Le changement, du moins apparent, de religion qui s’accomplit, pourainsi dire, en même temps que la conquête, se fit aussi sans la moindredifficulté. Lorsque les moines franciscains, suivis de près par les domini-cains et les augustins, vinrent offrir aux populations mexicaines le baptêmequi « lave les péchés », cérémonie qui d’ailleurs ne différait guère de pu-rifications analogues dans la religion des Aztèques , ce n’est pas seulementà leur prestige de vainqueurs et à l'appui du bras séculier qu’il faut attri-buer l’étonnant succès de leur propagande : peut-être le bonheur de sctrouver enfin déchargé du fardeau d’épouvante que leur religion faisaitpeser sur eux y entra-t-il pour une certaine part. Torihio de Benavenlerapporte que neuf millions d’indiens furent baptisés dans les quinze pre-

1 Lettre 806, b l’archevêque de Cosenza , 1525, trad. par GafTarcl et Louvot, Revue Géogra-phique, juillet 1885.