212
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
Mexicain. Chidad de los Miterlos, « Ciié des Moi'ts », est un des noms parlesquels Yera-Cruz est désignée au Mexique : en 1862, l’épidémie auraitenlevé deux mille personnes 1 . Cependant, après le passage du iléau, lacité n’est pas aussi insalubre qu’elle le paraît, et les blancs qui ont échappéà une attaque de la maladie régnante peuvent se considérer comme acclima-tés : ils ont meme moins de dangers à courir que leurs compatriotes établissur le plateau. D’ailleurs la race, qui est surtout de provenance andalouse,n’a point perdu, ainsi qu’en témoignent la force, la grâce et la beauté desYeracruzains. Les vents du nord, qui soufflent fréquemment sur cette partiedu littoral, passent sur les dunes sèches et emportent au loin les exhalaisonsdes marécages situés au sud de la ville 8 .
Les maisons de Yera-Cruz, disposées en îlets réguliers comme dans laplupart des cités mexicaines, sont construites en pierres madréporiques, con-nues dans le pays sous le nom de mücara : ce sont les roches des récifscôtiers qui, après avoir été dérasées, se reforment peu à peu. En creusant lesol sablonneux de Yera-Cruz on trouve de l’eau douce à un mètre de pro-fondeur, mais contaminée par la fdtration des marécages voisins ; il a falluconstruire des aqueducs pour apporter à la ville le flot de la rivière Jamapa.Naguère l’eau manquait pour nettoyer les rues et les fosses d’égout; c’estaux zopilotes ou vautours « charognards » qu’il fallait s’en remettre pourles soins de la propreté urbaine : aussi des règlements de police défen-dent-ils ces oiseaux contre toute agression. Quelques jardins et de bellesavenues de palmiers, qui remplacent les anciens remparts, donnent unpeu d’ombre aux promeneurs. Une de ces allées, longue de plus d’unkilomètre, traverse un quartier presque exclusivement habité par desnègres et des gens de couleur, l’élément de population qui prospère leplus à Yera-Cruz, grâce à son immunité de la fièvre jaune.
Sur le golfe du Mexique , Yera-Cruz est la ville historique par excellence.C’est là que les Espagnols prirent pied lors de la découverte et de la con-quête, c’est là qu’ils se maintinrent encore quatre ans après avoirperdu leur colonie. En 1858, le prince de Joinville s’empara de la forte-resse de San Juan d’Ulüa (Ulloa), qui s’élève sur une île basse, à1075 mètres au large de la ville, et depuis cette époque les Américains en1847, les Français en 1862, l’ont également occupée. La prise de cesouvrages militaires fermait la porte par laquelle le Mexique était jadis enrelations politiques et commerciales avec le reste du monde. La forteresse,devenue simple prison, tombe actuellement en ruines : elle a coûté, dit-on,
- D. Jourdanet, Du Mexique au point de vue de son influence sur la vie de l’homme.