250
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
1840, divers abus de pouvoir de la part du gouvernement central provo-quèrent une insurrection : les garnisons mexicaines furent expulsées et lesfonctionnaires destitués; mais il n’y eut aucune effusion de sang, tant l’opi-nion des Yucatèques fut unanime. Deux années après, une armée mexicaine,forte de onze mille hommes, mettait le siège devant Campeche; mais,réduite des trois quarts par les balles et les fièvres, elle dut capituler, et legouvernement de México reconnut l'autonomie complète du Yueatan,moyennant une reconnaissance fictive de l’union fédérale. Toutefois,après la victoire des Yucatèques , les dissensions éclatèrent entre les deuxrivales, Campeche et Mérida , qui, l’une et l’autre, aspiraient au titre decapitale; puis, accoutumés à la guerre par toutes ces luttes auxquelles onleur faisait prendre part, les Indiens eux-mêmes crurent que le momentétait venu de revendiquer leur propre indépendance contre les propriétairesblancs, et ceux-ci durent se réconcilier entre eux, puis avec la Ré^ ' cMexicaine, afin de sauvegarder leur vie et leurs privilèges. La guerresociale dura longtemps et les indigènes ont fini par se maintenir enliberté dans la partie méridionale de la péninsule, où les Mexicainsn’ont point accès et où les voyageurs européens ne peuvent encore pénétrerqu’en se plaçant sous la tutelle d’un cacique. De ce côté, le Yueatan estséparé du Guatemala par un large territoire de populations insoumises, demême qu’il est séparé du .Mexique proprement dit par des espaces encoreinhabitables. Ce pays offre donc une individualité bien marquée dans legroupe des Étals mexicains, et semble par conséquent destiné à devenirun intermédiaire naturel entre les deux républiques limitrophes, Mexique et Guatemala , quand elles s’uniront d’une manière plus intime.
L’arète des monts qui commence à l’est de l’isthme de Tehuantepee pourse prolonger dans le Guatemala et l’Amérique Centrale mérite bien par sahauteur relative et par sa régularité ce nom de Sierra Madré que, dans cha-que contrée hispano-américaine, porte la chaîne maîtresse. Les premierssommets se dressent brusquement au-dessus des forêts de l’isthme : l’Atra-vesado, dont la cime est encore dans l’État d’Oaxaca et qui envoie ses gavesdans les lagunes voisines de Tehuantepee, atteint déjà 1550 mètres, et plusloin vers l’est plusieurs autres sommets s’élèvent à une altitude supérieure,dépassant 2000 mètres. Ce sont des montagnes porphyriques, au milieudesquelles apparaissent les cônes de volcans. Le plus fameux, déjà rap-proché de la frontière guatémaltèque , est le Soconusco (2580 mètres), quipartage son nom avec les campagnes de sa base et tout le versant méri-dional de l’État de Chiapas : c’est l’ancien Xoconochco ou « Lieu des FiguesAigres ». D’après les indigènes, le volcan émet quelques vapeurs; mais ils