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s’épaissit les rampes creusées obliquement dans les parois du roc, puis,groupées sous les tentures d’algues qui tombent des voûtes et s’enroulentaux stalactites, elles se penchent au-dessus de l’eau noire et. remplissent lalourde cruche qu’il faudra rapporter péniblement dans leur demeure. Lecenote où le labeur des femmes est le plus pénible est probablementcelui de Bolonchen ou des « Neuf Fonts », village de ruines situé au nord-est de Campeche, sur la route de Mérida . On descend à la nappe profondepar des fissures du roc et des escaliers tournoyant dans les cavernes : l'en-semble de la galerie principale a près de 500 mètres et l’eau pure queviennent puiser les matrones est à 125 mètres environ de la surface du sol.D’ailleurs il est peu de cenotes que les anciens Yucatèques n’aient aménagépar des travaux souterrains. Ils ont aussi bétonné le fond de cavités super-licielles pour y retenir les eaux fuyantes et pour en faire des aguadas ouabreuvoirs à bestiaux; ils évidaient également des réservoirs profondsqu’une pierre masquait à la vue. En beaucoup d’endroits le nettoyage demares apparentes a permis de reconnaître dans le lit de la cavité des trousnombreux qui pénètrent profondément dans le roc en s’évasant en formede bouteilles : quand l’eau de la mare extérieure s’est évaporée, il en resteencore en abondance dans les réservoirs cachés. Récemment des fermes,des villages, des villes même ont pu, grâce à la découverte de ces eauxsouterraines, se fonder en des campagnes que l’on avait laissées désertes,les croyant complètement desséchées.
La répartition des eaux en des cavernes souterraines a eu pour consé-quence, depuis les temps antérieurs à l’histoire, une distribution corres-pondante de la propriété terrienne. Les domaines, si étendus qu’ils soient,ne valent rien sans l’eau profonde, mais cette eau appartient à quelquesgrandes familles espagnoles, autour desquelles doivent forcément se grou-per tous les habitants du district s’ils veulent avoir le liquide nécessaire àl’entretien de leurs cultures, à leur propre alimentation et à celle de leurbétail. Ils sont donc obligés de se faire les clients, sinon les serfs du pro-priétaire foncier, qui, en échange du lopin de terre, de l’abreuvoir et deseaux d’arrosage, leur demande un jour gratuit de travail, généralement lelundi, — d’où le nom de Lunes donné à ces paysans, — et les tient enoutre sous sa dépendance par les avances de denrées et de marchandisesqu’il leur fait par l’entremise du majordome. Les changements de régimepolitique n’ont pu en rien modifier les relations des propriétaires et deleur clientèle 1 . En un pays où l’eau vive est aussi avarement distribuée,
1 A. Wueikof. mémoire cité.