Band 
Livre XVII. Indes occidentales.
Seite
255
JPEG-Download
 

MAYA.

255

le chemin du loyer, au moment où l’enfant qu’il doit animer est sur lepoint de naître : la croyance à la métempsycose leur est donc restée mal-gré les enseignements contraires de l’Eglise. Ils ont aussi gardé la con-naissance des simples, celle des astres, et parmi eux nombre d’astrologuesobservent les conjonctions des étoiles pour prédire les événements de la viepublique et privée, la réussite ou la perte des semences et des récoltes ;chaque village a son « homme qui sait » et lit le sort dans un cristal dequartz. Avant la guerre de 1847, qui ruina la contrée, presque chaquevillage avait son « livre de Chilan-Balam », c’est-à-dire 1’ « Interprète desoracles », et l’on en connaît encore au moins seize exemplaires 1 . Lamère attache au bras de son enfant une amulette, un bel insecte à tégu-ments coriaces de la tribu des mélasomes (zopherus moreleli) \

Les indigènes ont des curés complaisants ou bien ignorants des ritesorthodoxes qui célèbrent avec eux la « messe des champs » ou misa milperaet tuent un coq, après avoir aspergé de liqueur fermentée les quatre pointscardinaux, en invoquant à la fois les trois personnes de la Sainte-Trinité etles Pâli ah tun, les quatre patrons de la pluie et des récoltes. Ces géniesont pris des noms chrétiens : le Rouge ou dieu de l’orient est devenusaint Dominique ; le Blanc ou dieu du nord est saint Gabriel ; le Noir oudieu d’occident est saint Jacques, et la patronne du sud, la « déesse jaune »,s’identifie avec Marie-Madeleine 3 . Mais ce n’est point en présence desEspagnols que des Maya se livreront à des pratiques ou à des cérémoniesnon sanctionnées par les prêtres catholiques; très mystérieux dans leurconduite, quoique en général de joyeuse humeur, « le plus gai des peu-ples», dit Charnay, les Maya savent gouverner leur conversation de ma-nière à ne jamais mentir aux étrangers, mais à se taire à propos ou àrépondre en paroles ambiguës qui ne les compromettent point. Cependantquelques expressions de langage révèlent leurs croyances intimes : ainsil’ouragan est pour eux le « souffle puissant du grand Père ».

La langue maya, gutturale et sonore, mais fort agréable dans la bouchedes femmes, parait être l’idiome le plus pur de tous ceux de la mêmefamille, tzendal, lacandon, quiché ou kachiquel. qui se parlent entre legolfe du Mexique et les côtes de la mer du Sud. D’ailleurs ces divers dialectesne diffèrent les uns des autres que par le mélange de mots étrangers et unecertaine variété dans les finales ou dans la prononciation. Le maya, d’uneextrême richesse en vocables, est très distinct du nahuatl ou mexicain par

1 Daniel G. Briuton, The Book of Chilan-Balam.

- Arthur Morelet, ouvrage cité.

: Brasseur de Bourbourg : — D. G. Brinton, The folk-lore of Yuratan.