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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
ments remonteront le fleuve, puis Ira verseront obliquement le lac deNicaragua , dont il faudra approfondir le chenal au sud-est, et s’engagerontdans un canal à niveau, d’où ils descendront au Pacitique par un lacartificiel et par la vallée de la petite rivière, dite rio Grande en compa-raison des autres ruisseaux de l’istlnne. Deux puissantes digues transfor-meront partiellement le canal en lacs étagés, dont le flot se déverseradans le port de lîrito. Tel est le projet grandiose, imaginé d’abordpar Thomé de Gamond, en 1858, puis repris et modifié par d’autresingénieurs, surtout par Menocal, et maintenant en voie de réalisation.Mais les millions que demandent les ingénieurs seront-ils fournis parles actionnaires? Et cette somme considérable sera-t-elle suffisante pourmener à bonne fin la prodigieuse entreprise, comportant des travaux quiseront parmi les plus audacieux de l’industrie moderne, gigantesquesécluses, ports de grande surface creusés dans une mer rebelle, entretiend’une profondeur constante en un canal envahi parles alluvions? L’accrois-sement annuel du commerce général, la nécessité d'ouvrir une porte denavigation, économisant à des milliers de navires un circuit de 15 000kilomètres autour de l’Amérique du Sud rendent l’exécution de cette œuvrede plus en plus probable.
Toutefois le succès lui-même est plein de menaces pour le pays où s’ouvrirale nouveau Bosphore. Déjà la rc_ ' ’ Colombie ne se prévaut-elle pas
d’une ancienne charte royale de 1805 pour revendiquer toute la côte deMosquitie, l’ancien Tologalpa ou « Pays des Oiseaux », et se dire ainsipropriétaire de l’une des portes du futur canal de Nicaragua comme ellel’est déjà de la voie ferrée interocéanique et du canal inachevé de Pa-nama ? Mais, sans tenir compte de cette revendication diplomatique, nonjustifiée par l’état- actuel des choses, le Nicaragua n’a-t-il pas à prévoir aussid’autres dangers, plus sérieux, ceux-là, venant du nord? Sans doute, legouvernement de Managua ne s’est point mis sous la dépendance offi-cielle des Etats-Unis pour la construction du canal interocéanique, etl’acte de concession accordé à la compagnie privée stipule qu’elle nepourra ni transmettre ses droits, ni vendre à aucun gouvernement tout oupartie des terrains qui lui sont concédés : les ports extrêmes et les eauxdu canal seront ouverts à toutes les nations et déclarés neutres. Mais lescontrats sont peu de chose contre les faits : quand le canal du Nica-ragua sera devenu la grande voie de New-\ork à San-Erancisco, quand lacompagnie sera maîtresse du transit, souveraine des villes bordières et desports par la force du capital, quand elle disposera d’un outillage immenseet d’une armée d’employés, comment le petit Etat du Nicaragua avec ses