Band 
Livre XVII. Indes occidentales.
Seite
582
JPEG-Download
 

58'2

NOUVELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE.

A l’est de Chiriqui, la cote se prolonge à plusieurs kilomètres en mer paril 11 plateau des sondes n’ayant pas même 50 mètres d’eau et parsemé debancs et d’îlots : l’un d’eux est le laineux Escudo de Yeragua, souvent citédans les documents diplomatiques comme terre débattue entre le Cosla-Ilicaet la république de Colombie . La table supérieure en est couverte d’arbres,tous rasés à égale hauteur par le vent de mer. Sur sa l'ace orientale, l’ilese termine en falaises verticales de 12 à 15 mètres, formées d’une pierrerougeâtre enfermant des coquilles de mer; les vagues ont découpé cesfalaises en colonnes et en arcades, auxquelles les bouquets et les draperiesde verdure donnent une grâce qui manque d’ordinaire aux escarpementsrocheux des côtes. 11 pleut tellement dans ces parages que des sourcesjaillissent dans les sables, sur la lace méridionale de l’ile; cependant lespêcheurs de tortues qui fréquentent l’Escudo de Yeragua sont obligés sou-vent de creuser dans la plage des puits où s’amasse l’eau douce.

Le golfe de San-Blas, qui s’ouvre dans le littoral atlantique à l’endroitoù l’isthme américain a sa moindre largeur, ressemble, comme la lagunede Chiriqui, à une brèche ouverte par les érosions de la mer dans uneancienne côte rectiligne. La péninsule de San-Blas, qui limite le golfe ducôté du nord, est un fragment de cette côte primitive, et se continue à l’estpar les centaines de récifs et d’îlots qui forment 1’archipel des Muletas ouMulatas . Aucune de ces caves n’a de collines ou de rochers : ce sont desplages sablonneuses émergées de quelques pieds ou de quelques mètres,reposant sur des fonds de corail. Elles se groupent pour la plupart encercles ou en ovales, atolls irréguliers entre lesquels passent des chenauxassez profonds pour les navires et qui fournissent des mouillages sûrs dansles fonds abrités du vent. Malgré leurs faibles dimensions, plusieurs deces îlettes ont des sources de bonne eau, et des Indiens ont pu y établir leursvillages. Il n’est pas une des Muletas qui ne soit une forêt, un bois ou unbosquet de cocotiers : de loin on ne voit pas la terre, mais seulement leséventails des palmes, pareils à des volées d’oiseaux gigantesques.

Au delà des Muletas, les caves sont éparses sans régularité le long de lacôte, mais jusqu’au Puerto-Escocès cetle armature de récifs défend le littoralproprement dit. La mer ne devient libre qu’à l’approche du golfe d’ürabd,où commence une formation nouvelle, celle des terres alluviales déposéessur le fond marin par les bouches de l’Atrato . 11 n’est guère de parages oùles courbes d’affleurement entre terre et mer se modifient plus vite; lescontours de la plage y changent comme à vue d’œil, et les cartes marinesdevraient être refaites chaque année. On retrouve dans le golfe d’Urabâ,mais en proportions bien plus grandes, le même phénomène graduel de