670
.NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
considérable. Mais si la flore actuelle s’enrichit par les apports des culti-vateurs et des jardiniers, de nombreuses espèces doivent avoir disparu, par1’efl‘et du déboisement, qui depuis le commencement du siècle a dénudé laplus grande partie de la surface insulaire, changeant en même temps lesconditions du sol et du climat. Les forêts sont remplacées par des ynreyou palmeraies de chamærops sauvages et par des fourrés de plantes basses,de lianes et d’épines, la manigua, dans laquelle on ne peut pénétrerqu’armé de la manchette. Même avant la destruction des grands arbres, ilexistait déjà en divers districts, principalement sur le littoral du sud, devastes étendues, savanes ou marécages, dans lesquelles les arbres ne se mon-traient qu’au bord des rivières, ombrageant les eaux de leur branchageétalé : de là le nom de cejas ou de «sourcils» que l’on donne à ces rideauxde végétation forestière.
On sait qu’avant le voyage de Colomb l'ile n’avait d’autres mammifèresque des chauves-souris et de petites espèces de rongeurs, parmi lesquellesle guaquinaji ou « chien muet » : c’était probablement le raton, le racoondes Américains du nord (procyon lotor). Sur les côtes, le lamantin, quivient encore s’abreuver aux sources d’eau douce qui jaillissent dans la merdes Jardinillos 1 2 , était fort commun, ainsi que le rappellent les noms degolfes, de baies, de plages nombreuses. Le raton et deux ou trois autresdes animaux primitifs ont disparu; d’autre part, des bêtes domestiquesintroduites par l’Européen sont devenues sauvages : tels le porc, que l’onrencontre en diverses parties de l’ile, et le chien, qui dans les savanes estun chasseur redouté des bergers; le chevreuil est aussi venu d’Europe .Cuba est une des contrées où le changement du milieu a le plus mo-difié les espèces canines pour former des races diverses, depuis le petit« havanais » que les dames cachent dans leur manchon jusqu’à l'effrayantmolosse que l’on employait naguère pour la chasse à l’homme, Indienfugitif ou nègre marron. La plupart des oiseaux de Cuba appartiennentà la faune nord-américaine ; une seule espèce d’oiseau-mouche est parti-culière à l’ileb De même les reptiles cubanais sont des espèces venuesdes continents voisins, mais il est étrange que parmi les serpents de Cuba aucun ne soit venimeux : les auteurs de l’île en témoignent une certainefierté et citent avec une plaisante indignation un passage de Lamartine oùle poète parle du serpent à sonnettes comme appartenant à la faune cuba-naise. Ils affirment même, sans dire les expériences faites à l’appui, que