TRAITE DES NÈGRES A SAINT-DOMIXGl'E.
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« habitations » de Saint-Domingue, tandis que les nègres de rebut étaientlaissés aux acheteurs moins fortunés des Petites Antilles . Par un procédéde sélection analogue à celui qu’emploient les éleveurs d’animaux, lesblancs d’Haïti obtinrent pour la culture de leurs terres et le service deleurs équipages sucriers une race de nègres sans égale dans les autres îles.Mais, singulier retour des choses, c’est peut-être ce choix attentif de« beaux et vaillants nègres » qui fut la cause déterminante de la défaiteet du massacre des propriétaires blancs. I.es solides « ateliers » de noirsrecrutés pour l’esclavage s’étaient peu à peu fondus en une race énergique,mûre pour l’indépendance, he noir haïtien, toujours nourri par sa mère,grandissant à l’air libre, est grand, fort, bien musclé; il a d’ordinaire lefront large, le sourire doux, le regard lier.
A la veille de la Révolution, les noirs esclaves du Saint-Domingue fran-çais étaient au nombre d’un demi-million, appartenant à une populationblanche représentée par un peu plus de trente mille personnes; la classeintermédiaire des mulâtres, presque tous affranchis, était seulement devingt-six à vingt-sept mille. Dans la partie de Pile soumise à l’Espagne lapopulation était beaucoup plus faible et l’écart était moins grand entre lesdeux éléments ethniques : c’est que la production des denrées colonialesy était très inférieure à celle du Saint-Domingue français , et par con-séquent la traite y déversait moins de travailleurs chaque année pour l’ex-tension des cultures. Les plantations du territoire espagnol étaient aunombre d’environ ùoOO, tandis qu’on en comptait plus du double dans lapartie française, fournissant à l’Europe plus de la moitié du coton et dusucre consommés chaque année. Aussi les planteurs, enivrés par la fortune,ne songeaient-ils qu’à augmenter l’étendue de leurs domaines et les bandesde leurs esclaves : très puissants en cour, alliés par les mariages auxfamilles nobles de France , ils faisaient encourager la traite des noirs parles exemptions de taxes et les faveurs royales; les négriers, outre le prixde vente de leurs captifs, recevaient encore « sur les deniers du roi » uneprime de dix livres par tète de nègre débarqué aux colonies, et le capitainenégrier était aussi récompensé des services qu’il rendait à la patrie 1 . Bor-
Ensemble. . 74 000
(Bryan Edwards.)