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Livre XVII. Indes occidentales.
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KTAT SOCIAL D'HAÏTI .

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min plus que celles dont l'Afrique noire lïil le pays d'origine. Les nègres< 1’Ilaïti croient aux loups-garous connue maints paysans français ; en diversendroits, l'adoration du serpent ou « culte du \audoux » subsiste, commedans le pavs d’Ajuda , sur la côte de (initiée; malgré les décrets de Tous-saint I.ouverlure et d’autres chefs d’Flat, des prêtres magiciens, des obi,des papas-rois et mamans-rois (/tajialois et mantaiilois), égorgent des coi|set des chevreaux blancs pour en boire le sang; même des « chevreauxsans cornes », c’est-à-dire des enfants, auraient été sacriliés'. Sorcières et.sorciers n’ont pas oublié la préparai ion des charmes, philtres ou poisons;mainte cérémonie catholique est mélangée de rites païens, et paritéscomme dans les <c réveils » des Flats-l ms, ou a vu des loules, saisiesd'un vertige religieux, danser avec des contorsions frénétiques et se roulersur le sol eu poussant des cris. Des « moanes-pouvoir » ou gens qui croient,disposer d’une puissance surnaturelle, jettent des sorts sur leurs ennemiset se mettent en communication avec le monde invisible, en récitant unesuite de mots incompréhensibles pour le vulgaire, et entremêlés de zib,zib, zib, sifllemenls qu’ils lancent du fond de la gorge, tandis qu’ils agitentla tête, la poitrine, les liras comme les derviches tourneurs.

.Mais, quel que soit le manque d’instruction des noirs haïtiens, ils n’ensont pas moins un des peuples les plus remarquables par leur ouvertured'esprit, la sagacité de leur jugement, la finesse de leurs aperçus. Ils ont ungrand respect pour ceux qui savent, et même dans les districts les plusécartés, loin de toute école, les jeunes reçoivent de leurs anciens quelqueinstruction rudimentaire. Proportionnellement à la population, le nombredes enfants haïtiens envoyés dans les écoles de France est très considérable,et la part qu’IIaïli a prise à l'accroissement de la littérature dépasse cellede [dus d’un district français de même étendue. Pour la langue, Haïti estla France : elle a des historiens, des publicistes et surtout des poètes, ettelle de leurs odes ou de leurs élégies est un chef-d’œuvre appartenant,désormais au trésor du langage. Il n’est pas de chants [dus doux et d'uncharme plus naïf que les poésies modulées dans le délicieux patois créole, haimant et si câlin, et nul peuple n'a de proverbes d'une observation [dus lineet d’un tour [dus heureux : ils témoignent d’un fonds de raison et d'esprit,qui se marie admirablement à la bonté native de l'Africain francisé, sansjamais s’élever aux hautes spéculations métaphysiques 5 . L'Haïtien a parfaiteconscience de la solidarité que le génie d’une langue commune lui donneavec la France . Aussi, ([unique très lier de son ’ance poli tique, ne

' Relation des visites pastorales de M‘J r Ilillion. Gip-Ihiïlien et t’ort-de-l’iiix. 1880-188:2.

5 John Bieolow. 117/ and Wisdom of tlie Ilai/Uans.