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CARACTÈRE DES FRANÇAIS.
Comme la langue elle-même, le peuple n’a cessé (le se modifier de siècleen siècle. Il est donc assez difficile de se faire une idée de ce que seraitle Français moyen, Bhommc dans lequel s’uniraient tous les traits ducaractère national avec ses qualités et ses défauts : ce type lui-même estessentiellement mobile. Une fausse opinion est fort accréditée, surtout àl’étranger : on prétend que le caractère des habitants de la Gaule n’auraitpas changé depuis qu’ils sont entrés sur la scène de l’histoire ; on cite avecemphase les anciens textes, comme s’ils s’appliquaient encore parfaitementaux Français de nos jours ; mais, quelle que soit la valeur historique descitations, elles ne sauraient prévaloir contre la vérité. Tout en rappelantpar des traits nombreux les Gaulois que nous ont dépeints César et Stra-bon, les Français sont bien un peuple original, constamment renouvelépar les phénomènes mêmes de la vie. Peut-on dire, en effet, des paysansfrançais , qui forment la grande majorité de la nation, ce que l’on disaitde leurs ancêtres ? Ne sont-ils, comme les Gaulois , qu’un « peuple deguerre et de bruit, courant le monde l’épée à la main, moins, ce semble,par avidité que par un vague et vain désir de voir, de savoir, d’agir 1 . »La longue expérience des siècles, la connaissance du bien-être, les modi-fications du climat et du milieu local, aidées par les croisements incessantsde la race, ont renouvelé le peuple de génération en génération.
Si l’on considère une nation comme un individu collectif, ce n’est pas lamoyenne du nombre qu’il s’agit de trouver pour avoir une idée juste deson véritable caractère ; il faut, au contraire, prendre cette individualiténationale dans un milieu où elle ait été développée, où elle se soit pourainsi dire révélée à elle-même. C’est dans les grandes villes, surtout àParis, que se montre le Français par excellence, car c’est là que viennentchercher un refuge ceux qui se distinguent par une originalité réelle, ceuxque l’air trop enfermé des petites villes finirait par étouffer. Dans la citécommune à tous se rencontrent et s’influencent mutuellement les provin-ciaux de toutes les parties de la France, les méridionaux de Provence ou deGascogne, bavards, agiles, toujours en mouvement; les hommes des pla-teaux, âpres au travail et lents à l’amitié ; les gens de la Loire , à l’œil vif,à l’intelligence lucide, au tempérament si bien pondéré; les Bretonsmélancoliques, vivant parfois comme dans un rêve, mais soutenus dans lavie réelle par la plus tenace volonté; les Normands à la parole lente, auregard scrutateur, prudents et mesurés dans leu? conduite; les Lorrains ,Yosgiens, Francs-Comtois, ardents à la colère, prompts à l’entreprise. Tous
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