Band 
Livre II. La France.
Seite
73
JPEG-Download
 

PYRÉNÉES CENTRALES.

75

Au pied des escarpements de Tentenade, le défilé du Pont-du-Roi, danslequel passe la Garonne, limite à l’occident la grande chaîne des Pyrénées ariégeoises et avec elle toute la partie méditerranéenne du systèmeorographique. C’est là que se trouve la principale irrégularité dans lastructure de ces monts. Entre les massifs de granit qui forment le squelettede la chaîne orientale et ceux autour desquels se sont déposées les forma-tions de la chaîne occidentale s’ouvre un large détroit géologique où seramifient des montagnes appartenant toutes à la période de transition.Celte zone intermédiaire est le véritable centre des Pyrénées. Le val d’Aran ,qui en occupe la plus grande partie, est à la fois français par l’écoulementde ses eaux, espagnol par ses nombreux cols de communication et les con-ventions politiques.

Un chaînon latéral qui s’embranche aux Pyrénées ariégeoises et qu’inter-rompent les magnifiques pâturages de Béret, où la Garonne et la Noguerasourdent entre les gazons pour suivre leurs chemins opposés, va se relierplus au sud aux montagnes aragonaiscs de Caldas. A partir de ce massif,que l’on peut considérer comme le commencement de la chaîne atlantique,la crête des Pyrénées n’est plus coupée par aucune brèche profonde jus-qu’aux « ports » des montagnes basques; elle sert partout de faîte departage entre les eaux qui coulent au nord sur le versant français etcelles qui descendent au sud vers la vallée de l’Ebre : sur un espace de200 kilomètres en droite ligne, les Pyrénées se dressent en un rempartirrégulier, contourné, flanqué de bastions inégaux, mais se maintenantpartout à une hauteur considérable.

C’est à l’angle même du val d’Aran , à peu près à une égale distance géo-métrique des deux mers, que s’élèvent les géants de tout le système pyré-néen . Des hauteurs qui dominent Bagnères-de-Ludion, on contemplel’admirable amphithéâtre de ces grandes montagnes de la crête avec leursforêts, leurs pâturages, leurs neiges et leurs champs de glace. En toutpareils à ceux des Alpes , quoique ne descendant pas comme eux jusquedans les vallées inférieures, à 1,500 et même 1,000 mètres d’altitude, lesglaciers des Pyrénées centrales ont aussi leurs séracs et leurs crevasses, leurstables et leurs moraines. Des névés de Clarabide aux glaciers de Maupas onpeut cheminer pendant une douzaine de kilomètres presque sans quitter laglace 1 , et durant cette longue série d’ascensions et de descentes, non dépour-vues de l’attrait du péril, on a successivement sous les yeux tous les phéno-mènes que présente la marche des glaciers alpins; dans le cirque d’Oo, on

1 Russell-Killough, Grandes ascensions des Pyrénées

10