Band 
Livre II. La France.
Seite
94
JPEG-Download
 

9-4

NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

soit aux ruisseaux de l'intérieur, soit aux étangs du littoral. Çà et là desaunes aux racines noyées absorbent en partie l’eau des marcs retenuesdans les déchirures du sol. Des entonnoirs d’écroulement en communicationavec des eaux souterraines s’ouvrent aussi dans le plateau : un de cespuits, le Ilucaou, situé sur le laite de partage entre la Leyre et la Garonne ,a 55 mètres de profondeur.

La couche liquide qui recouvrait le sol à des épaisseurs variables etqui le rendait presque infranchissable aux piétons ordinaires, avait jadisforcé les bergers des Landes à se hisser sur des échasses de plus d’unmètre de hauteur afin de traverser les solitudes. Pour l’emploi de cetinstrument de locomotion, les Landescots ou Lanusquets sont uniques dansle monde et peut-être dans l’histoire. On se demande même si l’usage demarcher sur des échasses existait dans les landes avant les siècles dumoyen âge, car les auteurs anciens, qu’une pareille coutume était de natureà frapper singulièrement, n’en font point mention. Il est probable que lenom patois de chanque donné aux échasses est dérivé du mot anglais shank(jambe), et, dans ce cas, la mise en pratique de cet objet bizarre dateraitpeut-être de la domination anglaise. Juché sur ses jambes d’emprunt,le Lanusquet surveille de haut ses brebis cachées dans les broussailles; ilfranchit impunément les llaques, les marais et les tourbes; doublant lavitesse de sa marche naturelle, il passe sans se déchirer les vêtements au-dessus dos bruyères et des ajoncs. Le grand bâton qu’il manie avec uneadresse excessive et qui lui sert, suivant l’occasion, de balancier, de siège oud’organe de préhension, contribue à l’étrangeté de son aspect. Dans lesrégions des landes encore dépourvues de chemins, les vieillards, les enfants,les femmes emploient tous ce mode de locomotion.

Mais cette vieille coutume ne peut manquer de disparaître tôt ou tardavec les landes elles-mêmes. Au commencement du siècle, les solitudes quis’étendaient entre la vallée de la Garonne et celle de l’Adour avaient si peude valeur, qu’on en vendait les terrains en les mesurent au son de la voix :tout l’espace au-dessus duquel portait le cri du berger s’achetait au prixde quelques francs. De nos jours, les régions sablonneuses les plus infer-tiles ont déjà pris une valeur considérable, à cause des améliorations quepeut y porter facilement la culture et qui en accroîtront les revenus ; iln’est que peu de régions dans la contrée où l’on puisse voir la lande rase,telle qu’elle se montrait aux générations passées. Là où elle a gardé sonancien aspect, on pourrait se croire sur l’Océan. A peine à l’extrêmehorizon se montre la lisière vaporeuse de la forêt. L’immense rondeur duciel forme à elle seule tout le paysage. La surface du sol, plane et sans