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eaux et d’accroître ainsi la portée des canaux et leur domaine d’irriga-tion. On parle même de changer en un réservoir réglé par des écluses lelac d’AUos, nappe d’eau presque toujours entourée de neige, qui se trouveà plus de 2,'200 mètres d’altitude, dans un bassin cratériforme ouvert entrela vallée supérieure dir Verdun et celle du Var . Après les huer tau del’Espagne et les plaines de la Lombardie , les campagnes riveraines de labasse Durance sont déjà le territoire le mieux arrosé de l’Europe .
Les eaux fertilisantes de la Durance n’entretiennent pas seulement lavégétation dans les terrains déjà cultivés depuis longtemps ; elles ont aussiconquis des oasis fort étendues sur les pâtis; même si le plan du créateurdu canal, Adam de Crapponne, avait été suivi, la Grau serait entièrementchangée en terres de culture, car on a calculé que le canal peut recouvrirchaque année 1 üo hectares d’une couche de 25 centimètres d’épaisseur;en 520 années, il aurait donc pu colmater la surface totale de la Cran,qui est de 55,000 hectares 1 . Celte plaine de cailloux, dont un quartseulement a été ainsi transformé en entier, occupe la plus grande partiede l’espace triangulaire compris entre les marais riverains du grandRhône, le massif des Alpines et les coteaux des bords de l’étang delierre ; en outre, une « petite Grau », de même origine et de même aspectque la grande Grau, se trouve au nord des Alpines. Les myriades de pierreséparses ou renfermées dans une gangue de houe durcie qui ont valu à laplaine principale son nom celtique de Grau avaient étonné les ancienscolons grecs du littoral: leurs mythes, transmis aux autres Hellènes, racon-taient que tous ces fragments de roches avaient été lancés du haut du cielafin que le demi-dieu Hercule pût en écraser le peuple intrépide des Ligu-riens 2 . Les recherches des géologues modernes nous ont appris que dansces cailloux de la surface il faut voir des galets apportés dans la propor-tion de six septièmes par le courant du Rhône et dans la proportiond’un septième, ou même d’un seizième seulement d’après de Saussure ,pour l’eau de la Durance; quant aux poudingues qui forment le solprofond de la Grau, ils sont d’origine essentiellement marine. La Craua gardé son aspect d’ancien lit de la mer 3 . L’horizontalité du sol, quisemblerait parfaite si le niveau du géomètre ne démontrait le contraire, lesbrumes qui pèsent au loin sur l’horizon, les mirages qui font frissonnerl’atmosphère et lui donnent presque l’oscillation de la vague, la forme des
1 Félix Martins, Adam de Crapponne et son œuvre.
- Eschyle, cité par Strabon , liv. IV.
5 De Saussure, Voyage dans les Alpes , tome III, cliap xxxiv ; — Cuquand, Bulletin de la Sociétégéologique de France, séance du 1" mars 186Ü.