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Livre II. La France.
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DELTA DE L’AUDE.

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bassin du Rhône , car leur appareil littoral fait partie de la même formation,et jadis les eaux du grand fleuve et celles des rivières cévenoles communi-quaient par la nappe des étangs. L’Aude même, le premier cours d’eau quise présente au nord des Pyrénées , a dans son ensemble un air de familleavec les torrents rhodaniens, quoiqu’elle ne reçoive l’eau des Cévennes quopar la partie septentrionale de son bassin. Comme toutes les rivières céve-noles, elle a un caractère essentiellement torrentiel, parce que l’écart annuelentre les averses et les sécheresses est encore plus considérable dans la ré-gion méditerranéenne que dans toute autre partie de la France ; suivantles saisons, le débit de l’Aude varie de 5,000 mètres cubes à 5 mètresseulement par seconde. Issue des formidables défilés du Capsir et de la forêtde Sault, elle coule directement du sud au nord jusqu’en aval de Carcas-sonne : c’est là qu’elle rencontre le Fresquel, qui court parallèlement ala base des Cévennes et qui se continue par l’Aude inférieure. A l’issue deson dernier détroit de collines, près de Sallèles , commence un delta compa-rable à celui du Rhône et même beaucoup plus vaste en proportion, puisqu’ils’étend sur un espace d’environ 20,000 hectares, et comprend entre ses deuxbranches l’ancienne île des montagnes de la Clape. Ses atterrissements sontaussi comparativement plus considérables que ceux du Rhône , car dansl’année l’Aude ne porte pas moins de 1,700,000 mètres cubes de limon 1 etla barrière du cordon littoral force presque tous les troubles a se déposersur les fonds marécageux de l’intérieur. Ainsi la mare de Capestang , aubord de laquelle, d’après une charte que cite M Duponchcl, des salinesexistaient encore du temps de saint Louis, a été graduellement transforméeen un réservoir d’eau douce et se trouve maintenant séparée de la mer parun espace de 14 kilomètres, où le sol est presque partout affermi ; l’étangaurait même peut-être entièrement disparu, grâce aux colmatages, si 1 Aude ne l’avait envahi de nouveau dans sa crue de 1875. A l’est, 1 étang de Mon-la dy a été comblé dès le milieu du treizième siècle ; de même, le grandlac Rubrensis ou Rubresus, qui baignait les murs de Narbonne , a été changéen campagnes, et l’Aude, dont le gros bras passait alors à Narbonne , aformé entre les deux étangs de Rages et de Gruissan , jadis unis, une sorte degaine d alluvions, analogue à celle que le Mississippi a créée dans le golfedu Mexique. Un bras de l’Aude devait pourtant se diriger vers 1 est, puisqueI oljhe et, six siècles plus tard, Fortunat nous disent que ses eaux semêlent à celles du Rhône , ce qui doit s’entendre d une réunion très nrecle dans les étangs du littoral*. En 1520, lorsque l’Aude , brisant les

1 Duponchbl, Hydraulique et géologie agricoles, p. 486.

Ernest Desjardins , Hôtes manuscrites