ÉTANG DE TUAI
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est tarie, et, par un mouvement inverse, l’eau salée descend en tournoyantdans les galeries profondes: il y a donc là, du moins temporairement, unphénomène analogue à celui des ruisseaux marins d’Argostoli , dans l’îlede Céphalonic; c’est l’eau de la mer qui coule vers le continent. Cettefontaine, alternativement douce et salée, a reçu le nom fort juste de gouffred’Enversac. D’ailleurs les forces souterraines ont été certainement à l’œuvreau bord de l’étang, car près de la rive du nord on voit des bancs d’huîtreset de moules, d’origine récente, à 400 mètres de la plage actuelle 1 . L’étangde Thau fait partie du domaine public; affranchi de toute servitude depropriété et de pêche, il livre annuellement au commerce pour une va-leur d’un million de francs en poissons et en coquillages, produit fortconsidérable, d’environ 140 francs par hectare. On dit que les huîtres« pied de cheval » étaient jadis fort abondantes dans l’étang de Thau. Ellesdisparurent par une cause inexpliquée, et celles qu’on a déposées en 1865et en 1866 sur le fond, dans l’espérance de le repeupler, n’ont jamais puse reproduire ; elles sont devenues d’une grosseur énorme.
11 ne serait point difficile d’imiter en plusieurs endroits le travail decolmatage que la nature a déjà accompli par le comblement de tant demares et d’étangs du littoral. On pourrait, tout en maintenant et mêmeen approfondissant les canaux de navigation, emplir les étangs inutilesau moyen des troubles que porteraient les rivières et les « roubines »dirigées à volonté dans les divers compartiments des fonds à conquérir.Ce travail a été du reste commencé en mainte partie du littoral desétangs. Près de Narbonne , des bas-fonds, tantôt couverts d’efflorescencessalines, tantôt inondés par les eaux saumâtres, ont été complètementdessalés et changés en campagnes des plus fécondes ; aux environs deVie, des tentatives du même genre ont été faites, avec un succès moindre,mais suffisant pour montrer que tous les anciens golfes pourraient êtretransformés en polders ; en moins d’une année, la quantité de sel contenuedans la terre et qui était d’un millième environ a diminué de moitié etles cultures ont pu commencer. 11 y a là, sur le littoral des riches dépar-tements du Midi, un espace de plus de vingt-cinq mille hectares qui pour-rait être mis en culture, et qui n’a maintenant d’utilité que pour les sau-niers, les pêcheurs et les coupeurs de roseaux*.
Toutefois ce n’est point seulement l’amélioration du sol, c’est bienplus encore la régénération du climat, qui exige le changement de lagéographie actuelle des étangs. La mortalité est beaucoup plus con-
1 Ed. Thomas, Voyage autour de l'étang de Thau, p. 2.
s Duponchel, Traité d hydraulique et de géologie agricoles, p. 414, etc.