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Livre II. La France.
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MARSEILLE .

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bois de cèdre ou de cyprès, peut-être quelque débris de nef tvrienne ou carthaginoise.Mais si le port était plus vaste, il était par contre moins profond et se perdait en maré-cages ; des assises de vase figée que l'on a retrouvées autour des anciennes rives prouventqu'il a fallu souvent recourir au draguage pour donner au port une profondeur suffisante.11 faut dire aussi que les immondices de la ville et les débris de toute espèce que les eauxd'égout et de pluie entraînaient dans le port contribuaient à l'emplir et l'eussent bientôtrendu complètement inutile si l'on n’avait eu recours de temps en temps à des travaux decurage. La comparaison de sondages pratiqués en 1760 et en 1774 a montré que le cubedes apports avait été de plus de 120,000 mètres pendant cette courte période, c’est-à-direque depuis l'époque phénicienne, le port, tel qu'il est aujourd’hui, avec sa surface de23 hectares et sa profondeur moyenne de plus de 0 mètres, aurait pu se combler enentier au moins quinze fois.

On sait quelle était jadis la triste réputation du port de Marseille : ses eaux corrompuesexhalaient la fièvre et la mort; l’air souillé qui se répandait dans les quartiers avoisinantset que le mistral ne renouvelait pas suffisamment à cause de l’obstacle présenté par leshauteurs de la vieille ville, devenait fréquemment le véhicule de la peste et d'autresmaladies; encore au dernier siècle, en 1720, le tléau fit plus que décimer la populationdans l'espace de quelques semaines et suspendit complètement tout rapport de commerceet jusqu’aux relations sociales. Aux temps du premier Empire , la vie moyenne dépassait àpeine vingt ans; pour se faire à l'air de Marseille , les étrangers avaient toujours à subirun acclimatement périlleux. Le manque d'eau pure était une des grandes causes de l'in-salubrité de la ville. Llluveaune et le Jarret, torrents qui coulent dans le voisinage deMarseille , ne portent guère qu'une centaine de litres par seconde en moyenne, et souvent,quand venait la saison des sécheresses, on devait envoyer la force armée sur les bords deces ravins pierreux pour défendre contre les riverains altérés les quelques mares nauséa-bondes (pii s’y trouvaient encore 1 . La construction du canal de la Durance, qui metdésormais Marseille au nombre des cités les mieux alimentées d’eau salubre, était doncpour la ville une question de vie ou de mort 8 . Le canal, dont l'eau est malheureusementtrop chaude en été, trop froide en hiver, et trop chargée de sédiments en toute saison,n’en est pas moins le grand bienfaiteur de la cité. Il fait mouvoir de nombreuses usinesdans les environs, répand la fertilité dans les campagnes, jadis altérées et poussiéreuses,abreuve les plantes et les hommes, nettoie et assainit la cité, et renouvelle l'eau du portpar le trop-plein qu'il y épanche.

D'autres travaux grandioses ont complété l’œuvre de transformation de Marseille . Laville, échappée depuis longtemps à l'étroite enceinte de la péninsule primitive, ne pouvaitse contenter du port des Phocéens et des Grecs ; il lui a fallu d'autres bassins pour sonmouvement d’échanges sans cesse accru, et tout le front méridional de la ville s’est bordéde ports, qui ont plus que quadruplé l'ancienne superficie de mouillage et de quais. Leport de la Joliette, communiquant avec le vieux port par un canal qui sert de fossé aufort insulaire de Saint-Jean, a commencé cette rangée de vastes ports quadrangulairesdécoupés en pleine, Méditerranée; au delà, les bassins du Lazaret, d’Arenc et le bassinNational se succèdent le long de la côte vers le cap Pinède, et des projets, non encoreexécutés, prolongent la série des havres à l'ouest de ce promontoire. Lorsque le plan

1 Débit normal de l’Ihiveaune d’après Plagnol.23 mètres cubes à la seconde.

Eau de Llluveaune consommée par l’agriculture. . . 20 » *

8 Débit du canal. . 7 mètres cubes à la seconde, soit environ 000,000 mètres cubes par jour.

» des fontaines. 3 » » » 200,000 » »

» » par habitant et par jour. 2,750 litres.