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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
de la Camargue , est le petit faubourg de Trinquetailles, (jui recevait ses eaux du tempsdes anciens par une conduite passant en siphon sur le fond du Heure : des terres culti-vées, « grenier de l’armée romaine, » s’étendaient autour de cette ville jusque vers lamer, tandis que maintenant la solitude des marais insalubres commence presque à sesportes. Le seul village ou plutôt le seul hameau de la Camargue est le groupe d'habita-tions bâti dans le voisinage de la mer, autour de l’église fortifiée des Saintcs-Maries ; c’estdevant un porche latéral de ce sanctuaire de pèlerinage que se trouvent les deux lionsde marbre d’après lesquels, suivant quelques écrivains, la mer voisine aurait pris sonnom de « golfe du Lion ».
La partie habitée de l’arrondissement d’Arles est, connue la ville elle-même, fort richeen monuments historiques. Dans la plaine qui s’étend autour de la vieille cité, l’ancienneabbaye fortifiée de Montmajour se dresse sur un rocher qu’entouraient jadis les eaux desmarais. Plus loin, près de Fontvieille, où l’on exploite depuis le moyen âge les carrièresde la « pierre d’Arles », les collines sont percées de cavernes artificielles et de quatreallées couvertes qui servirent de tombeaux aux âges préhistoriques : l’une d’elles n’a pasmoins de 42 mètres de longueur 1 . Au delà, les Alpines aux blanches parois portent surun de leurs promontoires la curieuse ville des Baux, ancienne capitale de comtes puis-sants qui luttaient contre les rois, et dont les palais déserts, taillés à meme dans unepierre tendre qu’a rongée le temps, offrent le plus bizarre aspect; le rocher des Baux estenfermé lui-même dans une espèce de cirque, que se rappelait Dante en décrivant lescercles de l’enfer. De l’autre côté du rempart des Alpines, dont le profil si net rappellecelui des montagnes de la Grèce , au bord de l’un des grands canaux dérivés de la Du-rance, la ville agricole de Saint-Remy est l'héritière de la cité romaine de Glanum,détruite vers la fin du cinquième siècle par les Visigoths; elle montre avec orgueil surune hauteur voisine deux monuments de sa grandeur passée. L'un est un arc de triomphetrès-mutilé, ayant perdu son attique et les chapiteaux de scs colonnes; l’autre, que laforme de son inscription nous révèle être du temps de César, est un mausolée de propor-tions les plus élégantes ; Jean Goujon l’avait vu et s'en était certainement inspiré dansses œuvres 2 * ; telle est la grâce de ce monument et d'autres édifices romains de la Pro-vence, qu’on a pu les attribuer à des architectes de Marseille ayant conservé, quoique sousla domination de Rome , les traditions de l'art hellénique 5 . C’est l’édilîce de cette époquele mieux conservé qu’il y ait dans le monde, néanmoins il est peu connu ; la faible dis-tance qui l'éloigne de la vallée du Rhône suffit pour en écarter les voyageurs qui passentchaque jour par centaines dans la ville voisine, Tarascon . Un temple romain de fortbelles proportions, celui de la Maison Basse, à Yernègues, dans la région montueusc quise trouve entre Salon et la Durance, n’est-il pas resté complètement oublié jusqu’à ladécouverte qu’en fît M. Pencbaud en 1817?
Tarascon est une des villes de France où le mouvement incessant des hommes et desmarchandises atteint les plus grandes proportions. A la jonction des deux voies histo-riques du Rhône et du littoral méditerranéen, Tarascon , nous l’avons vu, gardait avecBeaucairc un des carrefours stratégiques et commerciaux les plus importants du terri-toire, et le chemin de fer, dont les rails se bifurquent dans la gare de Tarascon , n’a faitqu'activer le va-et-vient des populations qui s’opérait tout naturellement à l’originegéologique du delta. Un lieu de passage aussi important devait être jalousement surveillépendant toute la période féodale . 11 est probable que déjà du temps des Romains un
1 Cazalis de Fonkluuce, Allées couvertes de la Provence. Montpellier , 1875.