Band 
Livre II. La France.
Seite
327
JPEG-Download
 

AVIGNON, L’ISLE, CARPENTRAS, ORANGE .

527

pied de la colline on voit s’enfuir l'eau rapide du Rhône , qui vient d'entourer de sesméandres la grande île de la Barthelasse, bordée de saules et de peupliers. En face sontles maisons et les remparts démantelés de Villeneuve, qu’un pont fameux, « bâti par lediable et par saint Bénézet, » unissait jadis à la vieille ville : ce fut, pendant plus d’unsiècle, de 1188 à 1509, le seul pont construit sur le fleuve en aval de Lyon ; la crue dol(ili9 en emporta presque toutes les arcades; il en reste seulement quatre qui se rattachentà la rive d’Avignon et portent encore une pittoresque chapelle. L'ancien édifice a été rem-placé par un pont suspendu sans beauté.

Après avoir succédé pour un temps à la Borne catholique, Avignon , qui continua d’ap-partenir au pape jusqu'à la Révolution, se remplit de couvents de tout ordre dont lescloches carillonnaient incessamment : de là le nom « d'isle sonnante » que lui donnaRabelais . Alors elle était morne et sans industrie; l'herbe poussait dans ses rues étroiteset tortueuses, recourbées dans tous les sens pour échapper au souffle du mistral. Maisdevenue française , et le chef-lieu d'un département où l’agriculture a fait les plus grandsprogrès, Avignon a dû se mettre énergiquement au travail, et maintenant elle est une despremières cités du Midi comme lieu de manufactures et d'échanges. Elle dévide et file lessoies qui proviennent des campagnes environnantes, prépare les couleurs de garance,construit des machines agricoles, expédie aux habitants de la plaine et de la montagne,jusqu'aux Alpes de la frontière italienne, tous les articles d'industrie dont ils ont besoin.

Les cultures de l'Avignonnais ont eu, comme celles des départements voisins, à subirbien des alternatives ; la maladie des vers à soie, puis le phylloxéra « dévastateur », ontmenacé de tarir la source principale des revenus de la contrée : en l'espace de quelquesannées on a vu les vignobles du département se réduire de 50,000 hectares à 5,000.A son tour, la production de la garance, qui a donné tant de valeur à la région des palusde l'Isle et d'Entraigues, jadis presque inutile, est mise elle-même en danger, non par unfléau naturel, insecte ou maladie, mais par une conquête de la science. Les chimistes ontappris à extraire directement de la houille une alizarine artificielle; pour lutter contreles procédés modernes, les agriculteurs de Vaucluse , naguère endormis dans la jouissancedu monopole, devront améliorer singulièrement leurs méthodes afin de produire mieuxet à meilleur compte. Sinon la statue du Persan Altlien, dressée dans le jardin des Doms,et le village d'Allhen-les-Paluds, au bord de la Sorgues , ne rappelleront bientôt plusqu'une industrie du passé. D'ailleurs les eaux abondantes de la plaine permettent auxpaysans de changer facilement leurs cultures, et l'on sait que déjà les plantations de chênestruffiers ont beaucoup modifié l’aspect des montagnes.

Les villes situées à la base du Léberon et des hauteurs de Vaucluse sont celles où l'abon-dance des eaux donne aux campagnes environnantes la plus grande splendeur de végé-tation. La noire cité de Cavaillon, où se voit encore une porte triomphale romaine, estentourée d'un immense jardin, que parcourent les canaux empruntés au Calavon et à laDurance ; l'Isle, le Thor reçoivent dans leurs champs le flot vivifiant de la fontaine deVaucluse, divisée en « sorgues » et en « sorguettes » ; Bernes est arrosée par la Nesque ;Monteux et Carpentras ont leurs canaux. C’est bien injustement que le seul nom deCarpentras , passé en proverbe, éveille l'idée d’une petite ville de province, peuplée debourgeois vaniteux et médisants; il se trouve précisément que, toute proportion gardée,Carpentras est, parmi les villes de faible population, une de celles qui se distinguent leplus par l’industrie, le travail intelligent, l'amour de la science et des arts. Elle a biblio-thèque et musée, et forme elle-même une sorte de musée par ses monuments, depuis l’arcde triomphe romain de l’ancienne Carpentoractc, aux puissants bas-reliefs représentant desguerriers, jusqu'à son bel hôtel de ville du dix-huitième siècle et à ses grands aqueducs.

Orange, l'ancienne Arausio et jadis le chef-lieu de la principauté d'où sortit la maison