526
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
circonscription de Vaucluse n’a d’inférieures en superficie que celles de la Seine et duRhône , mais dans ses étroites limites elle a de grands éléments de richesse. Son territoirede plaine, divisé en une multitude de champs et de jardins, est trcs-productif, grâceaux canaux d'irrigation qui le parcourent ; les villes sont fort industrieuses ; la population,enrichie par le travail, est plus pressée que ne l’est en moyenne celle de la France , etpourtant une grande partie de la région montagneuse du département est trop froide ou tropdépourvue de terre végétale pour que des villes ou même des villages aient pu s’y fonder 1 .
Si ce n’est dans les régions dont les richesses naturelles en métaux, en combustible ouen force motrice ont fait surgir des villes populeuses à côté les unes des autres, il n’estpas de contrées en France où les cités se pressent comme dans la basse vallée du Rhône.11 faut en chercher la cause, du moins en partie, dans les conditions géographiques dupays. Arles est à la bifurcation des deux lits fluviaux ; larascon etBeaueaire occupent aussil’origine d’une espèce de delta, à l’endroit où la traversée du fleuve est le plus facile ;Avignon est à la jonction des deux vallées du Rhône et de la Durance.
Déjà sous la domination romaine Avenio était une ville prospère ; au moyen âge elleprit place au premier rang parmi les cités du Midi , malgré les sièges qu’elle eut à soutenir.Comme sa voisine Arles , elle eut au treizième siècle le bonheur de conquérir une auto-nomie complète, nommant ses consuls,Taisant ses lois, traitant d’égale à égale avec lesautres républiques de la Provence et de l’Italie . Mais la terrible guerre d’exterminationque les croisés du Nord vinrent porter dans les régions florissantes du Midi fit perdreà la ville d’Avignon son indépendance ; devenue, pour ainsi dire, un simple butin deconquête, elle passa de main en main et finit par être la résidence des papes, de 1509à 1570. De cette époque datent les principaux monuments de la cité, qui lui donnentune physionomie à la fois ecclésiastique et guerrière. Les trente-neuf tours de la vieillemuraille d’enceinte, les nombreux clochers, isolés ou en groupes, que l’on aperçoit par-dessus les créneaux, les « bourguets » ou petites tours que les bourgeois avaient élevéespar centaines aux temps de leur liberté et dont plusieurs se voient encore au milieudes maisons, la masse énorme du palais des papes, qui se dresse sur le rocher des Doms,semblent une vision du moyen âge. Des réparations récentes ont déblayé toutes les ruinesque le temps et les hommes avaient faites dans ces monuments historiques ; les rempartssont précisément ce qu’ils étaient au milieu du quatorzième siècle, si ce n’est que lesbeaux arbres d’une promenade extérieure, y jettent leur ombrage ; le palais des papes ,terrible et menaçant, a toujours son aspect de citadelle et de prison, et, quand on ypénètre, on y voit encore des fortifications intérieures « construites avec toute la méfianceitalienne 5 », ainsi que les cachots, les salles de torture, les appareils de meurtre et desupplice. Mais, sauf dans la chapelle gothique, tout vestige de peinture a disparu. Lestrésors d’art se trouvent dans la cathédrale, bâtie également sur le rocher des Doms, etdans le musée Calvct, ainsi nommé du donateur qui a fait présent à la ville de ses pré-cieuses collections, médailles, inscriptions, fragments antiques de sculpture et d’architec-ture, toiles et statues.
Des terrasses ombragées du jardin des Doms ou des « Seigneurs », on contemple l’unedes plus belles vues de la France . Le Venteux et d’autres montagnes élevées limitent l’ho-rizon de leurs grandes masses bleuâtre; ; à leur base s’étend la vaste plaine couverte d’oli-viers et de mûriers, qui forment çà et là de véritables forêts ; des murailles blanches ougrisâtres aperçues au milieu de la verdure révèlent les villes et les bourgades éparses ; au
1 Superlieie de Yauduse. Population en 1872. Population kilométrique.
5,548 kilomètres carrés. 205,450 habitants. 74 habitants.