CHAPITRE IV
I
Cette partie de la France n’a point de limites précises, et même les con-tours des départements dont elle se compose lui donnent en plusieursendroits une forme toute conventionnelle. Les rangées parallèles du Jura etla plaine qu’arrosent la Saône et ses affluents sont, il est vrai, une régionnaturelle bien distincte ; mais d’autres pays, le Beaujolais, le Charollaiset le Morvan, les collines de la haute Bourgogne , les promontoires desVosges s’y trouvent partiellement rattachés. Dans son ensemble, le bassinde la Saône est essentiellement un pays de transition : au sud, il se con-tinue par le Rhône , qui reçoit ses eaux et les porte directement à la mer;au nord-ouest, il se prolonge vers le bassin de la Seine par les nombreuxpassages de la Côte d’Or , dont les deux versants dépendent de la provincede Bourgogne; au nord-est, s’ouvre la porte de Belfort , qui fait com-muniquer la vallée du Rhône à celle du Rhin , tandis qu’à l’ouest, desseuils nombreux mettent les riverains de la Saône en relations fré-quentes avec ceux de la Loire. Le Nord et le Midi contrastent l’un avecl’autre dans cette contrée où les deux moitiés de la France entremêlentleurs climats et leurs aspects : tel paysage du Jura , assombri par lanoire verdure des sapins, est d’un caractère tout septentrional, et préci-sément en face, les roches blanchâtres de la Côte d’Or font songer auxcoteaux avancés des Cévennes et des Basses-Alpes. Les bords de la Saône ,frais comme ceux de la France occidentale, éclairés par une lumièrepresque aussi franche que celle du Midi , unissent harmonieusement lestraits divers de ces deux natures. Les habitants eux-mêmes, issus à la foisdes Celtes , des Ligures, des Romains et des Germains Rurgondes, ressemblent