3G5
justement désignée par les paysans sous le nom de « grand lac ». Dans sonœuvre de transformation géologique, la Saône a été puissamment aidée, ausud de la Yeyle, par les moraines de débris que le glacier du Rhône pous-sait devant lui, à son issue des brèches du Jura .
La Yeyle, que la Saône reçoit à une faible distance en aval de Mâcon ,limite au nord et à l’est une contrée bien différente des roches fissuréesdu Jura . Cette région est le plateau de la Dombcs, aux innombrablesvasques argileuses emplies par les eaux dormantes ; des buttes de quelquesmètres de hauteur, connues dans le pays sous le nom de « poipes », s’élè-vent çà et là entre les nappes lacustres et y reflètent leurs bouquets deverdure. La plupart des étangs sont de création moderne, il est vrai,et môme la région du pays où ils sont le plus nombreux aujourd’huiétait couverte de cultures au quatorzième siècle. Des guerres féodales firentdisparaître la population de villages entiers, les eaux s’amassèrent dans lesbas-fonds, les ruisseaux s’obstruèrent ; l’aspect de la contrée changea peu àpeu. Il fallut abandonner l’ancien système de culture et remplacer les la-bours par la pèche. A la fin, l’usage de laisser les terres épuisées en « ja-chère d’eau » devint universel. Tout particulier avait le droit, moyennantcertaines charges, de construire une chaussée à la partie inférieure, de sonfonds et d’inonder les terrains plus élevés ; puis, quand les champs inondésavaient repris leur fertilité première, après deux années de repos ou davan-tage, on vidait l’étang pour le soumettre pendant un an aux culturesordinaires : tel était le système de rotation adopté dans le pays. Les récoltesétaient pauvres et incertaines ; les chemins, mauvais, fangeux, bizarrementcontournés, se prêtaient difficilement aux charrois; les vieilles routinesgardaient leur empire ; la misère régnait dans tous les villages, et la fièvre,émanée des étangs marécageux, décimait les habitants.
Vers le milieu du siècle, les terres de la Dombcs alternativement noyéeset asséchées occupaient une superficie de près de 20,000 Hectares, dontles deux tiers environ étaient sous l’eau. Mais grâce à la construction d’unchemin de fer et de nombreuses routes carrossables, grâce aux engrais età l’emploi d’amendements par la marne et la chaux, on a pu entreprendreavec succès la reconquête du sol. En 1870, la moitié de l’espace maréca-geux était transformée en campagnes fertiles ; la culture du seigle et del’avoine avait fait place à celle du blé ; la vigne même commençait à faireson apparition; partout se montraient de belles prairies; la valeur du ter-rain avait doublé et, fait plus important, la misère et la maladie avaientreculé devant l’aisance et la santé. En vingt années, la population s’estaccrue d’un tiers et la mortalité a diminué d’autant; de vingt-cinq ans,