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de Verrières, dans la direction de Neuchâtel et de Berne , l'autre par Jougne, d’où il redes-cend à Lausanne et à Genève . Au-dessus de la vallée où se bifurquent les deux voies sedresse une roche presque ingravissable qui porte le fort de Joux, citadelle laineuse, encoreplus fameuse prison d'État : c’est là que le nègre Toussaint-Louverture , le vengeur de sarace, périt lentement, en 1805, de froid et de misère.
Morteau , riche bourgade, à une trentaine de kilomètres en aval de Pontarlicr, près d’unbassin du Doubs où le torrent semble s’endormir, est, depuis le milieu du siècle, lecentre d’un immense atelier : tous les villages, tous les hameaux environnants sont rem-plis de métiers et d’usines. Morteau a des fonderies et des fabriques d’instruments, maisson travail le plus important est celui des montres : le département du Doubs y a fondéune école d’horlogerie, afin de rendre Morteau la rivale heureuse du Locle et de laChaux-de-Fonds . Dans un avenir prochain, ce bourg de la frontière sera la principale sta-tion de passage sur le chemin de fer de Besançon à Neuchâtel ; il est déjà le lieu derendez-vous de la plupart des voyageurs français qui visitent le célèbre « saut » du Doubs .Du reste, toute la contrée est des plus riches en curiosités naturelles. En amont de Mor-teau, le torrent passe dans un délilé où la route de Pontarlier ne peut le suivre et dont lesparois sont percées de grottes curieuses : l’une, qui est encore un lieu de pèlerinage, servitlongtemps d’église à un village voisin; l’autre, d'où s'élance un torrent, était un refugede malfaiteurs; un troisième, le puits Sombrenon, passait jadis pour un soupirail del’enfer, parce que les vapeurs de l’eau s’en échappent parfois comme une fumée dans l’airfroid du dehors. Au-dessous de Morteau, chaque défilé du Doubs possède également scscavernes et ses gouffres. Près de Saint-Hippolytc, où le torrent, qui vient de traverser unepremière muraille du Jura , commence à franchir la seconde, se trouve une grotte dontle portail d’entrée n'a pas moins de 50 mètres de hauteur.
A l'issue de la cluse par laquelle le Doubs achève la traversée du Lomont, cedeuxième rempart du Jura , la contrée change d’aspect : on se trouve dans la régiondes coteaux, dont la pente s’incline vers la grande trouée de Belfort . Les bourgs indus-triels, Pont-dc-Roide, Bourguignon, Seloncourt, Audincourt , se succèdent au bord de larivière, jusque dans le voisinage de Montbéliard : presque toute la population du pays estoccupée dans les forges, les hauts fourneaux, les ateliers d’outils et d’instruments divers,les filatures, les usines de produits chimiques.
Montbéliard, chef-lieu de l'arrondissement septentrional du Doubs , est le centre naturelde tout ce district manufacturier, qui s’étend au nord dans le territoire de Belfort et laHaute-Saône : on s’y occupe surtout du tissage des étoffes et de la fabrication des articlesd’horlogerie. Avant la Révolution, cette ville était une enclave dont les habitants, delangue française comme leurs voisins, étaient assujettis aux princes de Wurtemberg : c’estce qui rend compte de la supériorité numérique des protestants à Montbéliard et dans lesalentours : grâce à la tolérance religieuse, un certain nombre d'anabaptistes de la Frisepurent même s’établir dans la ville, et leurs descendants se distinguent encore physi-quement du reste de la population. Le château fort qui donna jadis une si grande im-portance militaire au « mont Béliard » se dresse encore sur son rocher au-dessus desédifices ; une partie en est utilisée comme prison. C’est le monument le plus curieux dela cité, après la statue de Cuvier, l’illustre enfant de Montbéliard . D’ailleurs l’ancienneplace de guerre a toujours une grande importance stratégique aussi bien que commer-ciale. Située dans le voisinage du Doubs , près de l’angle brusque où il change de directionet dans la partie la plus basse de la dépression qui sépare les Vosges et le Jura , elle gardele canal du Rhône au Rhin et le point de convergence des chemins de fer de Besançon , deMulhouse et de Porrentruy . Les passages étaient autrefois surveillés par une ville gallo-romaine, située plus au sud, dans la vallée même du Doubs , mais un peu en dehors du